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Textes de Charles Finney

Un enseignement de CHARLES FINNEY - adaptation française: © Phil Edengarden

Charles Finney (1792-1875) a été une figure marquante des mouvements de réveil qui eurent lieu aux États-Unis dans le courant du dix-neuvième siècle : il a vu des dizaines de milliers de vraies conversions, bien avant le temps de la radio, de la télévision ou des publications de masse.
Fort d'une expérience de plusieurs dizaines d'années, il a mis le fruit de ses observations par écrit. Ci-dessous, vous trouverez l'adaptation française de deux textes de Charles Finney, utiles pour tout chrétien désireux de donner un nouvel envol à sa vie de foi:

Avant-propos

Après vous avoir montré ce que c’est qu’un réveil, quelle est son importance, et quand on peut l’attendre, je désire vous entretenir maintenant des moyens à employer pour en produire un. Un réveil consiste en deux choses, suivant qu’il se rapporte à l’Eglise ou aux impies; je parlerai, aujourd’hui, d’un réveil dans l’Eglise.

DES MOYENS DE PRODUIRE UN REVEIL

Comment défricher des terres nouvelles

Faites des semailles conformes à la justice, et vous moissonnerez en proportion de la miséricorde, défrichez des terres nouvelles, il est temps de chercher le Seigneur, en attendant qu’il vienne répandre sur vous la justice (Osée 10,12).

Le prophète Osée s’adresse ici aux Juifs comme à des hommes qui ont abandonné Dieu; il leur reproche leur idolâtrie, et les menace des jugements de Dieu. Il utilise l’image de la jachère. Les Juifs étaient une nation de cultivateurs; c’est pour cette raison que l’Ecriture évoque souvent les travaux de la terre pour en tirer des comparaisons, comme elle le fait aussi par des allusions à la vocation des bergers. Une jachère est un terrain qui a été cultivé, mais qui est maintenant stérile, et qui a besoin d’être ouvert et amolli, avant qu’il puisse être ensemencé.

1. Ce que c’est que le labourage d’une jachère

Pour labourer le terrain dans le sens de notre texte, vous devez briser vos cœurs et les préparer ainsi à porter du fruit pour Dieu. La Bible compare souvent l’esprit de l’homme à un terrain, et la Parole de Dieu à une semence qu’on y jette; les fruits représentent les actions et les affections de ceux qui reçoivent cette semence. Dans ce sens, labourer une jachère, c’est placer l’esprit dans des dispositions convenables pour recevoir la Parole de Dieu. Quelquefois vos cœurs s’endurcissent et se dessèchent, ils deviennent stériles, et ils ne portent plus aucun fruit, jusqu’à ce qu’ils redeviennent capables de recevoir la Parole de Dieu par le labourage dont parle notre texte.

2. Comment la jachère peut-elle être labourée ?

Si vous voulez rompre les mottes de vos cœurs et éprouver des sentiments religieux, tournez vos pensées vers Dieu, au lieu de les laisser errer sur un tas d’autres objets. Suivez, à cet égard, les règles du simple bon sens, comme vous le feriez pour tout autre sujet.

Si vous voulez labourer vos cœurs, regardez à vos cœurs, examinez-les, notez l’état de vos esprits, et voyez où vous en êtes. Il y a beaucoup de personnes qui semblent ne jamais penser à ce travail : elles ne prêtent aucune attention à leur cœur; jamais elles ne savent si elles font bien ou mal en religion; si elles gagnent du terrain ou si elles en perdent. Mais si vous voulez être sages, il faut détourner votre attention des autres objets, et vous occuper de celui-ci; il faut en faire une véritable affaire, ne point la traiter distraitement, mais examiner sérieusement et à fond où vous en êtes, si vous marchez chaque jour avec Dieu ou avec le diable, si c’est Dieu ou le diable que vous servez le plus, et si vous êtes sous la domination du prince des ténèbres ou sous celle du Seigneur Jésus-Christ.

A cet effet, vous devez vous mettre à rechercher quels sont vos péchés. L’examen de nous-mêmes consiste donc à jeter les yeux sur notre vie, à regarder en arrière sur tout ce que nous avons fait, et à prendre tous nos péchés un à un. Je ne dis pas que vous deviez vous satisfaire d’une vue générale de ce genre, vous considérer en gros comme des pécheurs coupables, et demander pardon à Dieu après une confession générale. Je dis qu’il faut prendre vos péchés un à un. Il ne serait pas inutile de prendre pour cela une plume et du papier et de les noter à mesure qu’ils se présentent à votre souvenir. Faites ce compte avec le même soin qu’un marchand qui fait sa comptabilité; et à chaque fois qu’un péché se présente à votre mémoire, ajoutez-le à votre liste.

Des confessions générales ne serviront jamais à rien : vos péchés ont été commis un à un et vous devez en faire la revue et vous en repentir pareillement un à un. Essayons de commencer un calcul de ce genre, et prenons d’abord ce qu’on appelle communément, quoique improprement, les péchés d’omission, c’est-à-dire ceux qui consistent à n’avoir pas fait le bien que Dieu nous commandait.

PÉCHÉS D’OMISSION

1° Ingratitude.

Prenez ce péché, par exemple, et notez sous ce chef tous les cas que vous pourrez vous rappeler où vous avez reçu de Dieu quelques faveurs pour lesquelles vous ne lui avez jamais témoigné de reconnaissance. De combien de cas de ce genre pourrez-vous vous rappeler? Ne trouvez-vous pas dans votre vie passée quelques directions remarquables de la Providence, quelque tournure inattendue et surprenante des événements qui vous ait préservés de la mort ou de quelque grand malheur?

Notez les exemples de la bonté de Dieu envers vous, lorsque vous étiez encore dans vos péchés, et avant votre conversion; et voyez si vous n’en avez jamais témoigné à Dieu la moitié de la reconnaissance que vous lui deviez pour cela. Voyez les grâces nombreuses que vous avez reçues depuis lors et vous reconnaîtrez bientôt que le catalogue de vos ingratitudes est si long et si noir qu’il y a de quoi vous forcer à vous couvrir le visage dans la confusion. Allez donc vous mettre à genoux; confessez-les à Dieu, une à une, et demandez-lui pardon. Le seul fait de faire cette confession vous rappellera d’autres péchés à cause d’une association d’idées inévitable. Mettez-les de nouveau par écrit et vous verrez quelle masse étonnante de bonté vous trouverez, pour lesquelles vous n’avez jamais rendu grâces à Dieu.

2° Manque d’amour pour Dieu.

Réfléchissez à la douleur et aux alarmes qui vous agiteraient, vous, quand vous viendrez à découvrir quelque relâchement dans l’amour que vous portent votre femme, votre mari ou vos enfants, et si vous découvriez qu’un autre que vous occupe leur cœur, leurs pensées et leur temps. Peut-être que, dans un cas pareil, vous seriez près de périr d’une juste et vertueuse jalousie. Or Dieu s’appelle lui-même un Dieu jaloux; et n’avez-vous pas, en livrant vos cœurs à d’autres affections, commis une infidélité, et la plus grave des offenses envers Lui?

3° Négligence de la Bible.

Comptez les cas où, pendant des semaines entières peut-être, ou plus encore, la Parole de Dieu n’a pas été un plaisir pour vous. Combien de gens, en effet, en lisent des chapitres entiers sans y mettre la moindre réflexion ! Et si vous en avez fait de même, il n’est pas étonnant que votre vie se passe à battre l’air en vain, et que la religion ne soit plus, pour vous, qu’une misérable illusion.

4° Incrédulité.

Notez les cas dans lesquels vous avez, par le fait, accusé la Parole de Dieu de mensonge en ne croyant pas à ses promesses. Dieu a promis de donner son Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent; avez-vous cru à cette Parole? Ou n’avez-vous pas, tout en priant pour recevoir le Saint-Esprit en plénitude, pensé au fond de votre cœur: « Je ne crois pas que je vais le recevoir. » Dans ce cas, vous avez fait Dieu menteur.

5° Négligence de la prière.

Notez les cas où vous avez omis la prière secrète, la prière en famille et les assemblées de prières, ou encore les fois où vous avez prié d’une manière qui n’était qu’une offense faite à Dieu.

6° Négligence des moyens de grâce.

Notez les cas où vous avez souffert que des bagatelles vous empêchassent d’assister à des assemblées et où vous avez négligé et méprisé les moyens de salut pour le seul fait d’une espèce de dégoût que vous éprouviez à cet égard.

7° La manière dont vous vous êtes acquitté de vos devoirs.

Défaut de sentiment, défaut de foi, dispositions mondaines, de sorte que vos paroles n’étaient que le pur jargon d’un misérable qui n’était digne, en aucune manière, que Dieu s’en occupât le moins du monde. Combien de cas où vous vous êtes mis à genoux et où vous avez fait votre prière avec une telle insensibilité et une telle distraction, que si l’on vous avait assermentés cinq minutes après avoir quitté votre cabinet, vous n’auriez pu dire quel avait été l’objet de vos demandes!

8° Votre défaut d’amour pour l’âme de vos semblables.

Passez en revue vos amis et vos parents, et voyez combien peu de compassion vous avez éprouvée pour eux. Vous les avez vus prendre le droit chemin de l’enfer, et il semble que vous n’en éprouviez aucun souci. Combien de jours se sont-ils passés sans que vous n’ayez fait de leur état le sujet d’une seule prière fervente ou même exprimé un seul désir pour leur salut ?

9° Défaut d’intérêt pour les païens.

Peut-être ne leur avez-vous pas porté assez d’intérêt que pour essayer de vous instruire sur leur état, peut-être pas assez que pour lire le Journal des Missions ou la Feuille religieuse. (L’auteur nomme naturellement ici des journaux américains.) Notez honnêtement et en conscience ce que vous croyez éprouver de sympathie pour les païens, et mesurez le désir que vous éprouvez pour leur salut par les sacrifices que vous faites pour leur apporter l’Evangile. Est-ce que, pour ce faire, vous vous refusez les superfluités, même nuisibles, de cette vie? Retranchez-vous quelque chose du train que vous auriez mené sans cela? Priez-vous journellement pour eux dans votre bureau ? Assistez-vous assidûment aux assemblées mensuelles? Mettez-vous chaque mois quelque chose à part pour le trésor du Seigneur, quand vous montez à la prière? Si vous ne faites rien de ces choses, comment prétendez-vous être un chrétien?

10° Votre négligence des devoirs de famille.

Comment vivez-vous devant ceux qui la composent? Comment priez-vous? Quel exemple leur avez-vous donné? Quels efforts directs faites-vous habituellement pour leur bien spirituel? Quel est le devoir que vous n’ayez pas négligé?

11° Négligence des devoirs sociaux.

Posez-vous les mêmes questions sur ce sujet.

12° Défaut de vigilance dans votre examen de conscience.

Notez les cas dans lesquels vous avez traité légèrement votre examen de conscience, négligé votre tâche, et fraudé en quelque sorte vos comptes avec Dieu.

13° Négligence à veiller sur vos frères.

Combien de fois avez-vous négligé ce devoir, qui vous est imposé par la Parole? Combien peu de connaissance ou de souci avez-vous de leur état spirituel? Qu’avez-vous fait pour savoir les dispositions de leur âme? Faites la liste de ceux auxquels vous auriez dû vous intéresser; et toutes les fois que vous trouverez une négligence à cet égard, notez-la.

Vous les avez vus se refroidir quant à la religion, négliger un devoir après l’autre, tomber dans le péché, et vous ne les avez pas repris. Et cependant vous prétendez les aimer! Pourriez-vous voir votre femme ou vos enfants se précipiter dans le malheur, se jeter dans le feu, sans leur donner un mot d’avertissement? Non, vous ne le voudriez pas. Or, que pensez-vous de vous-même quand vous prétendez aimer les chrétiens, aimer Jésus, et que vous laissez vos frères tomber dans le mal sans les en avertir?

14° Défaut de renoncement à vous-même.

On trouve des amis de l’Evangile qui sont prêts à faire presque tout ce qui se présente pour la religion, sauf dans le cas du renoncement à eux-mêmes ; ils s’arrêtent juste avant d’atteindre ce point. Ils n’aiment pas endurer l’opprobre de Christ, ni à renoncer au lustre et aux aises de cette vie. Ils sont si loin de reconnaître que le renoncement à soi-même soit un des premiers caractères du vrai disciple qu’ils ne savent pas ce que c’est que ce renoncement. Ils donneront de leur abondance, ils donneront beaucoup, et seront prêts à se plaindre de ce que d’autres ne donnent pas davantage. Mais dans le fond, ils ne donnent absolument rien de leur nécessaire : l’Evangile nous apprend que la pauvre femme donna plus avec sa piécette qu’eux avec leurs grosses sommes d’argent.

PÉCHÉS DE COMMISSION

1° Mondanité.

Quel a été, jusqu’ici, l’état de votre cœur à l’égard de vos richesses? Les avez-vous considérées comme étant réellement à vous, et comme si vous pouviez en disposer à votre gré? Si vous l’avez fait, notez-le. Si vous avez aimé la richesse, et si vous l’avez recherchée pour satisfaire quelque convoitise ou quelque ambition ou pour l’amasser en faveur de votre famille, vous avez péché et vous devez vous repentir.

2° Orgueil.

Cherchez à vous rappeler tous les cas dans lesquels vous avez découvert chez vous ce péché. La vanité en est une des branches. Combien de fois l’avez-vous remarquée en vous, quant aux vêtements ou quant à votre aspect extérieur en général? Combien de fois avez-vous employé plus de temps, de pensées ou de peines à l’ornement de votre corps qu’à préparer votre âme pour le service divin? N’êtes-vous jamais allé dans la maison de Dieu, plus occupé de la manière dont vous paraîtrez devant les hommes que de celle dont votre âme paraîtrait devant Celui qui sonde les cœurs? Dans ce cas vous vous êtes disposé à être adoré par les hommes bien plutôt qu’à adorer Dieu; vous êtes venu pour diviser le service divin et pour détourner l’attention du peuple de Dieu sur vos beaux airs et sur votre mise. Est-ce que vous prendriez toute cette peine pour votre toilette si tout le monde était aveugle?

3° Envie.

Recherchez les cas dans lesquels vous avez envié ceux qui étaient au-dessus de vous. N’avez-vous jamais été fâchés d’entendre faire l’éloge de quelqu’un? N’avez-vous pas eu plus de plaisir à vous arrêter sur leurs fautes que sur leurs qualités, et sur leurs défaites que sur leurs succès? Ici encore, répondez en conscience, et si cet esprit s’est trouvé en vous, repentez-vous-en profondément devant Dieu; sans quoi il ne vous pardonnera jamais.

4° Esprit de censure.

Rappelez-vous les cas dans lesquels vous avez agi avec amertume, et où vous avez parlé de vos frères d’une manière entièrement opposée à la charité chrétienne, à cette vertu qui exige que nous accordions toujours l’interprétation la plus favorable à toute action à caractère douteux.

5° Médisance.

Notez les fois où vous avez parlé, par derrière, sur les fautes, réelles ou supposées, de tels ou tels chrétiens ou aussi de personnes étrangères à l’Evangile. Toutes les fois que la chose n’était pas nécessaire, c’était une médisance. Vous n’avez pas besoin de mentir pour en être coupable : dire la vérité avec le dessein de nuire, voilà la médisance.

6° Légèreté.

Combien de fois avez-vous plaisanté en présence de Dieu, alors que vous n’auriez pas osé le faire en présence d’un dignitaire ou d’un personnage officiel. Ou bien vous étiez athée, ou bien vous aviez oublié que Dieu existe, et vous éprouviez moins de respect pour le Seigneur et Sa présence, que pour une personnalité de cette terre.

7° Mensonge.

Comprenez bien ce que c’est que le mensonge. C’est toute espèce de tromperie faite à dessein. Comptez tous les cas où vous êtes tombés dans ce péché; ne leur donnez pas de noms radoucis. Dieu les appelle des mensonges; il vous accuse pour cela d’avoir menti, et vous feriez mieux de vous accuser vous-même plus franchement. Or, ne sont-elles pas innombrables les faussetés qui se commettent chaque jour en affaires, et dans les rapports sociaux au moyen de paroles, de regards et d’actions, qui ont pour but final de produire, sur d’autres, une impression contraire à la vérité?

8° Tromperie.

Notez tous les cas dans lesquels vous vous êtes conduit avec quelqu’un de vos semblables comme vous ne voudriez pas qu’il eût fait avec vous. Cela s’appelle tromper. Dieu a donné une règle pour ce cas: « Tout ce que vous voudriez que les autres fissent pour vous, faites-le leur de même. » Notez bien qu’il ne s’agit pas de leur faire tout ce que vous pourriez attendre raisonnablement qu’ils vous fissent de leur côté : c’est une règle qui vous permettrait les plus mauvaises suppositions. Dieu dit : « comme vous voudriez qu’ils vous fissent ».

9° Hypocrisie.

Cherchez-en des exemples dans vos prières et dans les confessions que vous adressez à Dieu. Notez les cas dans lesquels vous avez demandé des choses dont vous n’éprouviez réellement aucun besoin véritable ; puisque bien souvent, après avoir prié, vous n’auriez pas su dire ce que vous veniez de demander. Et combien de fois avez-vous confessé des péchés avec lesquels vous n’étiez pas résolu de rompre, et au sujet desquels vous n’aviez pris aucune résolution sérieuse. Oui, vous avez confessé des péchés que vous étiez sûr d’aller commettre de nouveau.

10° Voler Dieu.

Je parle des cas dans lesquels vous avez mal employé votre temps, et gaspillé en vains amusements, en folles conversations, à lire des romans et à ne rien faire, des heures que Dieu vous avait données pour le servir et pour sauver les âmes. Je parle des cas où vous avez fait un mauvais usage de vos talents et de votre intelligence, ou prodigué votre argent en objets de convoitise, ou en futilités qui ne contribuaient ni à votre santé ni à votre véritable bien-être.

11° Mauvaise humeur.

Peut-être vous êtes-vous mal conduit envers votre femme ou vos enfants, ou votre famille, ou vos domestiques, ou vos voisins, notez tout cela.

12° Mettre des obstacles au bien que fait autrui.

Peut-être avez-vous affaibli l’influence de vos frères par des insinuations répandues contre eux. Non-seulement vous avez dérobé à Dieu vos propres talents, mais vous avez encore lié les mains de ceux qui voulaient travailler. Quel misérable serviteur que celui qui est fainéant pour lui-même et qui empêche les autres de travailler! Quelquefois on arrive à ce triste résultat par le seul fait d’employer inutilement le temps d’autrui; d’autres fois, c’est en ôtant à nos frères une confiance chrétienne qu’ils méritaient. C’est doublement faire les affaires de Satan.

Voici quelques indications à suivre

Si vous trouvez que vous avez commis une faute contre quelqu’un, et que la personne soit à votre portée, allez, confessez votre péché immédiatement et débarrassez-vous de cette affaire. Si la personne est trop loin pour que vous puissiez vous y rendre, asseyez-vous et lui écrivez une lettre, et confessez votre tort; affranchissez et mettez à la poste immédiatement. Je dis affranchissez; sans cela vous ne ferez qu’empirer l’affaire en ajoutant à votre injure précédente une dépense que vous occasionnez à celui que vous avez offensé. L’homme qui écrit une lettre pour ses propres affaires et qui l’envoie à un autre sans l’affranchir est un malhonnête, et fait tort à son prochain d’autant. Or, si un homme en trompe un autre de six sous ou de vingt sous quand la tentation est si faible, que ne ferait-il pas si la tentation était plus forte et qu’il eût la perspective de l’impunité?

Si vous vous souvenez d’avoir trompé quelqu’un en quelque chose, envoyez-lui-en le montant avec les intérêts. Et faites toutes ces œuvres à fond; faites-les maintenant. Ne les reportez pas au lendemain ; vous ne feriez qu’empirer le mal. Confessez à Dieu les péchés commis contre Dieu et aux hommes ceux que vous avez commis contre les hommes. Ne cherchez pas à vous tirer d’affaire en contournant les obstacles : retirez-les de votre chemin.

En labourant votre jachère, ôtez tout ce qui gâterait votre travail. Vous pourriez négliger certaines choses que vous croiriez de peu d’importance et vous étonner cependant de ce que votre état religieux n’est pas tel que vous l’auriez désiré: la cause en est que votre esprit orgueilleux et charnel a recouvert des péchés que Dieu voulait que vous eussiez confessés et écartés. Défrichez tout, et retournez les terres. Ne faites pas la chose superficiellement. Poussez la charrue tout droit, à travers les obstacles, labourez profondément, et que le sol soit partout prêt à recevoir la semence, pour rapporter 100 fois ce qui lui aura été confié.

Quand, de cette façon, vous aurez parcouru à fond toute votre vie et votre existence morale et brisé toutes les mottes, reprenez le travail une deuxième fois; mettez-y une attention solennelle, et vous trouverez que les choses que vous aurez notées vous en suggéreront d’autres que vous aviez oubliées. Repassez votre vie en revue une troisième fois, et il vous arrivera la même chose, et vous trouverez, à la fin, que vous pouvez vous souvenir, même en en cette vie, d’une somme de péchés que vous n’auriez pas cru pouvoir vous rappeler, même dans l’éternité.

A moins de vous y prendre de cette manière et de considérer vos transgressions en détail et une par une, vous ne pouvez vous faire aucune idée de la masse de vos dettes envers Dieu. Vous devriez mettre à cette recherche le même soin, la même solennité et la même profondeur, que si vous vous prépariez dans ce moment même pour le jugement.

En même temps que vous repassez ainsi le catalogue de vos péchés, assurez-vous que vous êtes déterminé à vous réformer sur le champ et entièrement. Partout où vous trouverez quelque chose de mauvais, prenez aussitôt, dans la force de Dieu, la résolution de ne plus pécher de cette manière. Il serait absolument inutile de vous examiner vous-même si vous n’étiez pas déterminé à amender, dans chaque détail, tout ce que vous pouvez trouver de mauvais dans votre cœur, vos penchants et votre conduite.

Si, à mesure que vous avancez dans ce travail, vous trouvez qu’il reste encore quelques ténèbres dans votre esprit, examinez la chose, et vous découvriez la raison pour laquelle l’Esprit de Dieu se tient éloigné de vous. Peut-être n’avez-vous pas été à fond; dans un pareil travail, il faut savoir se faire violence. Vous devez vous mettre à l’œuvre comme un être raisonnable, avec la Bible devant vous, et sonder votre cœur jusqu’à ce que vous éprouviez effectivement les sentiments que vous croyez devoir éprouver. Ne vous imaginez pas que Dieu fera un miracle pour défricher votre cœur : cela se fait par l’emploi des moyens à notre portée.

Mon expérience a démontré le bien fondé d’un pareil examen de votre vie. Mettez-vous donc à l’œuvre, et tout de suite, et prenez la résolution de ne vous donner aucun répit jusqu’à ce que vous puissiez prier, et prier du fond du cœur. Jamais l’Esprit de Dieu ne viendra demeurer en vous si vous n’avez pas d’abord dénoué tout ce mystère d’iniquité et étalé vos péchés devant Dieu. Accomplissez cette œuvre de pleine repentance et de confession complète et vous aurez l’esprit de prière autant que votre pauvre nature humaine pourra le supporter. La raison pour laquelle il y a si peu de chrétiens qui savent ce que c’est que l’esprit de prière, c’est qu’ils n’ont jamais voulu prendre la peine de s’examiner eux-mêmes d’une manière convenable, et de briser ainsi leurs cœurs.

CONCLUSIONS

1. C’est à cause de l’endurcissement dans l’Eglise qu’il y a tant de gens qui font une profession de foi stérile et inutile, qu’il y a tant de formalisme et de piété machinale, et si peu d’ardeur et de véritable vie. Voyez l’école du Dimanche, par exemple! Quel train-train machinal ! Quel mouvement de manivelle ! Et comme on y trouve peu de puissance dans la piété. Si vous continuez de cette manière, la Parole de Dieu ne fera que vous endurcir de plus en plus, et vous deviendrez toujours plus mauvais, précisément comme la pluie et la neige qui tombent sur un vieux champ en friche, ne font que durcir son mauvais gazon ou ses mottes.

2. Voyez pourquoi il y a tant de prédications perdues, et plus que perdues. C’est parce que l’Eglise ne veut pas défricher son champ. Un prédicateur peut se tuer à prêcher, et faire très peu de bien quand ses auditeurs ne lui présentent qu’un champ couvert de pierres. Ils ne sont convertis qu’à moitié, et leur religion n’est guère qu’un changement d’opinion, et non un changement de dispositions. Nous n’avons plus devant nous que de la religion machinale et rien qui ressemble à une œuvre profonde produite dans le cœur.

3. Des gens qui professent l’Evangile ne devraient jamais être contents d’eux-mêmes ni s’attendre à un réveil par le seul fait de leur beaux discours, aussi animés et enthousiastes soient-ils. Il faut qu’ils se mettent à défricher leur propre conscience. Avant d’avoir défriché vos propres cœurs à fond, vous n’aurez aucune emprise véritable sur les pécheurs.


Comment prêcher sans convertir personne

1.

Promulguez une doctrine qui focalise l'attention sur l'homme plutôt que sur Jésus. Exposez une doctrine qui place l'homme au centre de l'attention de Dieu plutôt qu’une doctrine qui place Dieu au centre de la dévotion de l'homme. Ne racontez aux gens que ce que Dieu va faire pour eux.

2.

Évitez de prêcher sur la nécessité d'une transformation radicale du cœur de l’homme fondée sur ce que l’Esprit-Saint révèle à chacun dans la vérité.

3.

Que votre motivation suprême soit d’être populaire et de plaire à tous ; par conséquent, que votre prédication soit construite à cette seule fin, et non en vue de convertir les âmes à Jésus-Christ.

4.

Évitez la prédication de doctrines qui portent atteinte à la vie de la chair, afin que personne ne puisse vous reprocher, comme on le fit à Jésus : « Cette parole est trop dure, qui peut l'entendre? »

5.

Ne tirez aucune conclusion péremptoire, afin de ne pas déranger les consciences de vos auditeurs et de n’alimenter aucune inquiétude sérieuse au sujet de leurs âmes.

6.

Évitez de ponctuer votre discours par des répétitions, des illustrations ou des images fortes qui forceraient vos auditeurs à se souvenir de ce que vous avez dit.

7.

Evitez toute véhémence, toute ardeur et toute forme d’enthousiasme dans votre discours, afin de ne pas donner l’impression que vous croyez vraiment à ce que vous dites.

8.

Faites appel aux émotions, et non à la conscience de vos auditeurs.

9.

Veillez à ne surtout pas apporter le témoignage de votre expérience personnelle au sujet de la puissance agissante de l'Evangile dans votre vie, car il ne faut pas que vos auditeurs puissent penser que vous détenez quelque chose dont ils pourraient avoir besoin eux aussi.

10.

Ne réveillez pas de souvenirs désagréables : ne mentionnez jamais les péchés passés de vos auditeurs.

11.

Dénoncez le péché d'une manière vague, mais ne faites aucunement référence aux péchés spécifiques de votre public du moment.

12.

Ne donnez pas l'impression que Dieu ordonne à vos auditeurs d'obéir à la vérité ici et maintenant. Ne les laissez pas penser qu’il est attendu d'eux qu’ils s’engagent à donner leur cœur à Dieu séance tenante et sur le champ.

Donnez leur l'impression qu’il est prévu qu’ils puissent s’en aller dans leurs péchés ; ainsi pourront-ils examiner la question tout à leur aise et à leur meilleure convenance un peu plus tard.

13.

Prêchez le salut par la grâce; mais omettez de parler de la condition du pécheur qui est condamné et perdu, afin qu'il ne puisse jamais comprendre ce que vous entendez par grâce et savoir à quel point il en a besoin.

14.

Prêchez l'Évangile comme un remède ou comme une thérapie, mais ne décrivez pas la maladie mortelle du pécheur.

15.

Ne parlez pas de l’esprit de la sainte loi de Dieu (par laquelle vient la connaissance du péché), de sorte que le pécheur ne puisse pas voir son état de perdition et se repentir.

16.

Ne faites pas peur aux pécheurs ; donnez-leur plutôt l'impression qu'ils n’ont aucune raison d’avoir peur.

17.

Prêchez Christ comme un être infiniment sympathique et débonnaire. Ignorez ses reproches cinglants faits aux pécheurs et aux hypocrites et qui ont si souvent fait trembler ses auditeurs.

18.

Ne réprimandez pas les tendances mondaines des membres de l'assemblée, de sorte que vous ne deviez jamais blesser leurs sentiments et risquer de voir certains d'entre eux se convertir.

19.

Professez, de manière explicite ou implicite, que tous les hommes ont une certaine bonté morale en eux ; il ne faut pas que les pécheurs puissent comprendre qu'ils ont réellement besoin d'un changement radical du cœur pour passer du péché à la sainteté.

20.

Dites si peu de l'Enfer que vos gens penseront que vous n’y croyez pas vraiment vous-même.

Donnez l'impression que, si Dieu est aussi bon que vous l’êtes, il ne pourrait pas envoyer quelqu'un en Enfer.

21.

Ne faites aucune référence désagréable aux enseignements qui se réfèrent à l'abnégation, au fait de devoir porter sa croix ou à la nécessité d’être crucifié au monde, afin de ne jamais devoir condamner les agissements d’une partie des membres de votre église.

22.

Ne réprimandez pas l'extravagance vestimentaire, afin de ne jamais faire mauvaise impression auprès des membres les plus vains et mondains de votre église.

23.

Encouragez la multiplication des activités sociales de l'église, et participez-y vous-même.

24.

Faites en sorte que vos auditeurs soient contents d’eux-mêmes et satisfaits de vous, et faites très attention à ne jamais blesser les sentiments de personne.

25.

Assurez-vous d'éviter de prêcher aux personnes qui sont présentes de manière frontale. Prêchez plutôt au sujet des pécheurs « en général », mais pas à eux. Dites «ils», et non «vous», de sorte que personne ne puisse prendre ce que vous dites personnellement et l'appliquer à sa propre vie en s’assurant ainsi le salut de son âme.

26.

Prêchez que la nouvelle naissance est une caution versée par Dieu pour affranchir une personne et que cela n’a rien à voir avec un changement de but, de perspectives ou d’objectif pour nos vies.

27.

Ne dites jamais aux gens qu'ils doivent cesser d’être au service d’eux-mêmes et penser plutôt à servir Dieu et faire Sa volonté.

28.

Ne leur dites jamais que la repentance est à la portée de l’homme et qu’il en va de sa responsabilité de se détourner de son péché pour se tourner vers Dieu! Apprenez-leur à remettre à plus tard le fait de se détourner de tout péché connu envers Dieu.

29.

Prêchez la prédestination de manière telle que cela débouche sur le fatalisme et l'apathie de la part des personnes présentes. Faites en sorte que chacun puisse croire que Dieu a déjà déterminé qui sera sauvé, et que rien ne fera infléchir sa volonté. Faites en sorte que personne ne puisse penser que ses actions personnelles pourront faire pencher la balance dans un sens ou un autre.

30.

Prêchez que l'homme est totalement incapable d'obéir à Dieu. Apprenez-lui que personne ne peut se convertir par lui-même, mais qu’il doit attendre que Dieu le transforme. Assurez-vous que personne ne se rende compte de sa véritable capacité à répondre et de la nécessité du repentir pour être sauvé.