Servante

Exercer sa foi quand on est sous pression

Un enseignement de DEREK PRINCE - adaptation française: © Phil Edengarden

Feu Derek Prince était un enseignant de la Bible de réputation internationale. On peut ne pas être d’accord avec tout ce qu’il a professé – ce qui est mon cas – mais j’ai trouvé de très bonnes choses dans cette étude des derniers chapitres de la Lettre de l’apôtre Paul aux Romains.

Ce document est une adaptation française, plus qu’une traduction rigoureuse et fidèle, d’un cycle de quatre conférences données dans le courant des années 1990 aux Etats-Unis, dont voici le titre : « Walking Out Your Faith Under Presure ».

Soucieux de ne pas répandre plus loin ce qui m’apparaît aujourd’hui comme de fausses vérités, j’ai pris la liberté d’élaguer quelque peu le commentaire original, en omettant, par exemple, de rapporter certaines anecdotes personnelles de l’auteur. Ce qui figure ici correspond donc à ce que j’ai retiré de meilleur de cette conférence. Ce qui a servi à mon édification personnelle pourra peut-être vous aider à progresser, vous aussi?




Lettre aux Romains, chapitre 12

1. Quelle réponse donner à Dieu ?

Cette étude porte sur les derniers chapitres de la Lettre aux Romains, à savoir les chapitres 12 à 15. Le titre que je vais donner à cette session est le suivant : « Exercer sa foi quand on est sous pression ». Je suis certain que la plupart d’entre nous, qui marchons dans la foi, sommes sous pression. Il s’agit de toutes sortes de pressions : sociale, spirituelle, mentale, émotionnelle,…

Je vais utiliser une expression en usage aux Etats-Unis : « This is where the rubber meets the road » (C’est à ce stade que la roue se frotte au bitume). En d’autres termes, c’est à ce stade que notre foi va pouvoir être testée: va-t-elle passer le cap de l’épreuve ? Effectivement, vous pouvez approuver tout ce que les onze premiers chapitres de l’Epitre aux Romains contiennent de belle théologie, mais c’est à ce stade que nous allons voir si notre foi peut être confirmée ou non.

Voyez-vous, ce dont nous allons parler ici est également vrai pour l’ensemble de la Bible : les vérités qui y sont transmises ne sont jamais purement abstraites ou intellectuelles. La Bible expose la vérité et illustre en quoi cette vérité est applicable dans notre réalité. Il n’y a pas de théologie abstraite dans la Bible, car Dieu s’intéresse à la vie, à notre mode de vie, et toutes les vérités contenues dans la Bible ont pour objectif de nous permettre de mener une vie qui soit sainte, victorieuse et fructueuse. Si nous avons beaucoup de connaissances théologiques et des diplômes qui peuvent l’attester mais que cela ne présente aucune incidence dans notre vie de tous les jours, les plans de Dieu pour nos vies s’en trouvent frustrés.

Au chapitre 12 de la Lettre aux Romains, on trouve, dans le premier verset, un terme qui m’interpelle personnellement, car je suis féru de logique. Paul affirme : « Donc, je vous exhorte, frères, à offrir vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, en guise de culte spirituel. » L’expression qui crève l’écran dans cette phrase est le petit mot « Donc ». On pourrait le traduire par « Dès lors » ou par « Par conséquent ». Quand on rencontre cette expression dans la Bible, il est nécessaire de se demander à quoi celle-ci se rapporte, car elle est utilisée pour indiquer une connexion logique avec ce qui a pu être exprimé précédemment. Et je suis convaincu que ce « Donc » du premier verset du chapitre 12 de la Lettre aux Romains sert de charnière entre les onze chapitres qui précèdent et les quatre chapitres qui suivent.

Dans les onze chapitres qui précèdent, Paul a exposé brillamment de quelle manière Dieu a permis à l’homme d’être réconcilié avec Lui et comment, par la grâce que Jésus s’est acquise à la croix, l’homme peut à nouveau entrer en relation avec Dieu. Seul l’Esprit Saint a pu révéler tous ces mystères à Paul et nous les communiquer par l’entremise de ce dernier. Mais le texte ne s’arrête pas à la fin du chapitre onze. Le véritable enjeu de ce texte est de nous montrer comment appliquer ces vérités dans notre vie. Le terme « Donc », qui apparaît au premier verset du chapitre douze, sert à exprimer ce qui peut être formulé comme suit : A la lumière de la révélation, telle qu’elle vient de nous être exposée dans les onze chapitres qui précèdent, quelle réponse concrète devrions-nous donner à Dieu ?

Si quelque chose fait mes délices dans la Bible, c’est bien ceci : la réponse est généralement très simple, très pratique, très concrète et terre à terre. Personnellement, je me méfie beaucoup de la super-spiritualité. Je dis souvent aux gens que l’Esprit Saint est l’être le plus pragmatique qui soit sur terre à cet instant. A mon sens, si quelque chose ne peut pas être appliqué dans la pratique, cela n’est pas spirituel. Ce que Dieu attend comme réponse de notre part est donc très terre à terre.

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2. Offrir son corps en sacrifice vivant

Et voici ce qui nous est dit à ce sujet dans ce premier verset du chapitre 12 de la Lettre aux Romains : « Donc, je vous exhorte, frères, à offrir vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, en guise de culte spirituel. » Voici ce que Dieu nous demande. Il ne s’agit pas de quelque chose d’ordre théologique, mystique ou stimulant pour l’intellect. Ce qu’il nous demande, c’est notre corps. Dieu nous dit : « Je veux ce vaisseau charnel à l’intérieur duquel tu vis. Voilà ce que je te demande, et je ne m’estimerai satisfait par rien d’autre que ça. Je te demande de m’offrir ton corps en sacrifice et de le placer sur mon autel. » Mais il précise que ce sacrifice doit être vivant. Pourquoi choisit-il le terme « vivant » ? Parce qu’il se réfère aux sacrifices de l’Ancienne Alliance, tels qu’ils étaient pratiqués dans le Temple : la créature devait y être mise à mort avant d’être placée au-dessus de l’autel. Paul nous dit que Dieu attend que nous placions notre corps sur l’autel, mais sans le tuer. Il ne s’agit pas d’un sacrifice mort, mais d’un sacrifice vivant. Ceci constitue notre culte spirituel. Dans la Bible, cette dernière expression est utilisée en lien avec le service du prêtre tel qu’il était pratiqué devant le Tabernacle ou dans le Temple.

Par notre foi en Jésus, Dieu fait de nous des prêtres. Or, l’un de nos premiers devoirs sacerdotaux est de présenter notre propre corps en sacrifice vivant sur l’autel de Dieu dans le Temple. Ce que Dieu attend de nous n’est pas compliqué ; au contraire, c’est presque trop simple ! Lorsque, dans l’Ancienne Alliance, quelqu’un plaçait un animal sur l’autel de Dieu dans le Temple, il n’était plus le propriétaire de cet animal. Dès cet instant, cet animal était la propriété exclusive de Dieu. Aussitôt en contact avec l’autel, l’animal était considéré comme étant sanctifié, totalement mis à part pour Dieu. Par conséquent, dès lors que nous plaçons notre propre corps sur l’autel de Dieu, notre corps ne nous appartient plus : il est la propriété exclusive de Dieu. Il ne nous revient plus de décider ce que nous allons manger, ce que nous allons porter comme vêtements, vers où nous allons voyager : ces décisions appartiennent désormais à Dieu. Notre corps lui appartient totalement ; il peut en disposer à sa guise et décider ou de la maintenir en vie ou de le condamner à mort. Telle est donc la réponse que Dieu nous demande de lui donner.

Remarquons que les personnes qui s’efforcent de se comporter chrétiennement sans donner une réponse semblable à celle que nous venons d’évoquer finissent, tôt ou tard, par devoir faire face à une multitude de problèmes. Ils ont alors recours à des programmes interminables de relation d’aide et ces derniers n’en finissent pas. J’ai remarqué que les personnes dont l’esprit était préoccupé par leurs problèmes ne sortaient jamais de leurs problèmes. D’une manière ou d’une autre, il faut sortir de soi. Un moyen efficace pour sortir de ses problèmes est de sortir de soi, de se soumettre sans aucune réserve à Dieu, de lui offrir son corps en sacrifice vivant et de le placer sur son autel. Dès que vous vous soumettez à Dieu, vous vous placez sous son entière responsabilité.

Au fil des ans, je me suis rendu compte que 50% des problèmes de toutes les personnes que j’ai pu rencontrer au travers de mon ministère n’auraient pas existé si ces personnes s’étaient repenties en vérité. La repentance est la clé. Se détourner de soi, de l’autosatisfaction, de la volonté propre, de ses petites affaires, tout cela peut être concrétisé lorsque l’on place son corps sur l’autel. Vous pourriez vous dire : Dieu n’a-t-il d’intérêt que pour mon corps ? Mon âme et mon esprit ne l’intéressent-il pas ? En fait, Dieu est intelligent. Il sait très bien que dès qu’il dispose du corps, du contenant, il dispose également du contenu. Et il ne va pas se contenter de moins que ça. Un chrétien qui ne s’engage qu’à moitié est comme un boiteux : il a beau être entouré d’un grand nombre de personnes semblables à lui au sein de l’église, il n’éprouvera jamais le bonheur parfait en Dieu tant qu’il ne se sera pas engagé à donner son corps à Dieu en sacrifice vivant sur son autel.

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3. L’ère où nous vivons

La partie du texte qui suit constitue un mode d’emploi destiné à tous ceux qui ont choisi de se tenir sur l’autel de Dieu en Sion. Cette ligne de conduite est comparable à un cordeau qui nous permet d’évaluer la droiture de notre engagement. Cet exposé est comme un miroir dans lequel nous pouvons observer notre comportement de manière objective. Notons tout de même que ces paroles ne s’adressent pas aux personnes qui n’ont pas offert leur corps en sacrifice vivant. Sans cet engagement initial, vouloir appliquer ces recommandations à la lettre, comme on respecterait un règlement, reviendrait à pratiquer une religion extérieure. Nous ne serions plus dans le domaine de la foi mais dans celui de la loi. Rappelons-nous que tout ce que nous entreprenons dès à présent n’a qu’un seul objectif : non pas être en règle avec Dieu, mais connaître Jésus, non seulement avec notre tête, non seulement avec nos émotions, mais aussi avec notre corps.

Voici ce que nous lisons : « Ne vous modelez pas sur ce monde présent. » En réalité, le terme exact n’est pas « monde » mais « âge » ou « ère ». Nous pourrions également utiliser l’expression « siècle ». En grec, le mot qui désigne le monde se prononce « cosmos » et le terme qui désigne le siècle se prononce « aïon ». Ce n’est pas la même chose. Le siècle est un concept en lien avec le temps. Nous vivons à un certain siècle, à une certaine époque, à une période déterminée dans le temps. Ce à quoi nous sommes invités par la plume de Paul est donc de ne pas nous conformer à cette période du temps, de ne pas vivre à la manière de nos contemporains. De fait, dans la Lettre aux Galates 1 : 4, Il est dit que Jésus nous a délivrés de la perversité du siècle présent. Savez-vous pourquoi ce siècle est mauvais ? La réponse se trouve dans 2 Corinthiens 4 : 4 : c’est parce que le dieu de ce siècle est mauvais. Et nous savons que ce dieu est le diable.

Or Dieu ne rachète pas ce siècle. Il nous rachète et nous fait sortir de ce temps. Et les chrétiens qui continuent de vivre comme s’ils appartenaient toujours à cet âge demeurent constamment dans un état de confusion. Nous avons donc besoin d’être délivrés de cette ère mauvaise à laquelle Dieu va mettre un terme. Le jour où ce sera accompli, le diable ne sera plus un dieu. C’est la raison pour laquelle il se bat et se débat autant qu’il le peut pour prolonger cet âge dont il est le dieu. Mais nous n’avons pas à nous conformer au comportement des personnes qui appartiennent au temps. Nous appartenons à l’éternité.

L’auteur de la Lettre aux Hébreux écrit que, par la puissance de L’Esprit Saint et de la Parole de Dieu, nous avons déjà goûté à la puissance de l’âge à venir. Une des raisons pour lesquelles Dieu nous a permis d’avoir un avant-goût des choses de l’ère à venir est de calmer notre appétit pour les choses de ce présent siècle. De fait, dès que nous avons goûté aux choses du temps à venir, tout ce qui appartient au siècle présent nous paraît insipide. Alors, pourquoi nous en préoccuper ? Pourquoi y perdre notre temps ? Pourquoi nous enthousiasmer pour toutes ces choses impermanentes qui passent et sont vouées à disparaître ? Toutes sont impures et corrompues. Ce siècle est corrompu autant que l’est son dieu.

La miséricorde de Dieu fait que nous avons été délivrés de ce siècle. Dans la Lettre aux Galates 1 : 3-4, il est dit : « Grâce et paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et de la part de Jésus le Christ, qui s’est livré lui-même pour nos péchés, afin de nous affranchir de la perversité du siècle présent, selon le désir de Dieu notre Père. » C’est le même terme que celui utilisé dans la Lettre aux Romains 12, mais la plupart des versions de la Bible dont nous disposons traduisent le terme « âge » par « monde ». Or, le monde est un autre concept. Le monde est, en quelque sorte, un système social, alors que l’âge est un concept lié au temps. Bien sûr, nous devons être libérés des deux. Dans la lettre aux Galates, cela commence par la nécessité d’être délivrés du siècle présent et cela se termine par la nécessité d’être délivrés du monde présent. Et chercher à être délivré du monde présent me paraît illusoire si l’on n’a pas, d’abord, été délivré du siècle présent.

Revenons-en à Romains 12. « Ne vous conformez pas au siècle présent, mais laissez vous transformer par le renouvellement de votre esprit (mental). » Remarquez que Dieu ne nous change pas de l’extérieur vers l’intérieur ; il nous transforme de l’intérieur vers l’extérieur. Il change notre façon de penser, suite à quoi il peut agir sur notre manière d’agir. La religion fait généralement le contraire. La religion commence à l’extérieur : ce que nous devons porter comme vêtements, ce que nous pouvons manger, ce que nous ne pouvons pas boire, les endroits où nous ne devons pas aller. C’est par la pratique de toutes ces choses que la religion tente de nous rendre meilleurs mais, en réalité, cela ne marche pas. La méthode de Dieu est plus efficace, car il nous transforme à partir de l’intérieur en réformant notre manière de penser. Et lorsque nous avons pu changer notre manière de voir et de penser, nous sommes disponibles pour changer notre mode de vie. Il est impossible de penser à l’envers et de vivre à l’endroit, pas plus qu’il est possible de penser dans un sens et de vivre en sens inverse. Notre façon de penser détermine notre mode de vie.

La caractéristique principale des gens de ce siècle est qu’ils sont égocentriques, centrés sur eux-mêmes. Ils envisagent toutes les décisions qu’ils doivent prendre en se demandant : « Qu’est-ce que cela va m’apporter ? » ou encore « Quelles conséquences cela va-t-il avoir pour ma propre vie ? » Tandis que la personne dont l’esprit est renouvelé est théocentrique, centrée sur Dieu. On n’aborde pas les situations et les décisions à prendre de la même manière. On se demande en quoi cela va profiter à Dieu, en quoi cela correspond aux plans et à la volonté de Dieu, en quoi cela va glorifier Dieu.

Mais tout cela est impossible tant que nous n’avons pas offert notre corps à Dieu, en sacrifice vivant sur son autel. Telle est l’exigence fondamentale de Dieu à notre égard – que nous lui ayons offert notre corps en sacrifice vivant. Sans cela, nul ne peut travailler véritablement au renouvellement de son esprit. En d’autres termes : offrez votre corps à Dieu et il se chargera de renouveler votre esprit. Par contre, gardez votre corps pour vous-même, et Dieu n’agira pas sur votre esprit. Avons-nous bien pris conscience que Dieu pense vraiment ce qu’il affirme ?

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4. Discerner la volonté de Dieu pour nos vies

Poursuivons la lecture de la Lettre aux Romains. Au chapitre 12, verset 2, il est écrit : « Transformez-vous par le renouvellement de votre esprit, afin de pouvoir discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait. » Des milliers de chrétiens nés de nouveau ne connaissent pas la volonté de Dieu pour leur vie. Ils sont errants. Ils essaient de mener une vie sainte mais ils n’ont pas de véritable motivation. Ils n’ont pas de vision. La Bible nous dit que sans vision, les gens finissent par rejeter toute forme de contrainte. Voilà pourquoi de nombreux chrétiens manquent de discipline. Ils se détournent des contraintes parce qu’ils n’ont pas de vision.

Prenons l’exemple d’un athlète, que Paul utilise d’ailleurs assez souvent. Pour quelle raison un athlète peut-il sauter plus haut ou courir plus rapidement que la plupart des gens ? Parce qu’il a une vision. C’est à partir de cette vision qu’il fait des exercices, s’entraîne et acquiert de la discipline, bien plus que ne le font la majorité des chrétiens. Sa motivation, il la trouve dans sa vision. Sans vision, il n’y a pas de discipline. Notre vie est irrégulière et désordonnée : un jour, on atteint des sommets et le lendemain, on touche le fond. On fait quelques progrès par-ci, et on cafouille un peu par-là. Mais nous ne faisons pas comme Paul, qui se précipite comme un coureur vers la ligne d’arrivée, car nous ne voyons pas la ligne d’arrivée. Comment, quand il n’y a pas de ligne d’arrivée à atteindre, allons-nous nous précipiter avec assurance dans la bonne direction ? Or, cette ligne d’arrivée est constamment présente à l’esprit de ceux dont le mode de pensée a été renouvelé et à qui Dieu donne une claire vision, personnelle et individuelle, de ce qu’il souhaite voir accomplir à travers eux.

Ensuite, Paul continue en décrivant trois caractéristiques formidables au sujet de la volonté de Dieu : « ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait. » Au mieux vous connaissez la volonté de Dieu, au plus votre comportement est susceptible de paraître bon, agréable et parfait à ses yeux, et cela vaut pour tous les aspects de votre existence, jusqu’aux détails les plus insignifiants. Dans ce cas, il n’y a plus un détail de notre quotidien qui ne soit en accord avec la volonté de Dieu. En réalité, certains aspects de notre vie que nous considérions comme importants, pour lesquels nous priions avec insistance peuvent souvent se révéler sans grande importance aux yeux de Dieu. En revanche, certains aspects de notre vie qui nous paraissaient être des détails négligeables, auxquels nous ne pensions même pas, revêtent soudain une importance considérable.

Avec le recul, je me rends compte que certains de ces détails qui m’apparaissaient comme insignifiants ont été déterminants pour le cours de mon histoire personnelle. Je repense notamment à ma demande d’immigration aux Etats-Unis. C’était en 1963. J’étais de passage pour seulement quelques semaines mais on m’a laissé entendre que le temps que je prévoyais de passer sur le territoire américain dépassait les limites autorisées. J’ai demandé : « Que puis-je faire pour contourner ce problème ? » et il m’a été suggéré de faire une demande d’immigration. Je n’avais aucune intention d’émigrer aux Etats-Unis. Je n’avais pas le temps de prier pour discerner la volonté de Dieu à ce sujet et j’ai rempli les formulaires pour pouvoir rester sur place jusqu’à ce que mon séjour touche à sa fin. Et puis voilà, cela fait maintenant près de trente ans que je vis aux Etats-Unis, où le Seigneur a souhaité que je demeure pour le servir.

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5. Le degré de foi de chacun et les charismes

Paul continue, au verset 3 du chapitre 12 de sa Lettre aux Romains, en disant : « En vertu de la grâce qui m’a été donnée, je recommande, à vous tous et à chacun, de n’avoir pas de lui-même une plus haute opinion qu’il ne faut, mais une idée relativement modeste, selon le degré de foi que Dieu lui a départi. » Nous apprenons, ici, que Dieu alloue à chacun une mesure de foi spécifique. Dieu s’occupe de chacun d’entre nous de manière individuelle. Nous n’avons pas tous le même degré de foi ni le même type de foi. Tous les prédicateurs n’ont pas la même foi. Certains prédicateurs ont une grande foi pour la guérison alors que ce n’est pas le cas pour certains autres. Car Dieu départit à chacun un degré de foi spécifique.

Ce qui nous est également signifié dans ce passage est que la foi est incompatible avec l’orgueil. Cette vérité est énoncée dans de nombreux passages de l’Ecriture. Les deux personnes que Jésus a rencontrées au cours de son ministère terrestre et dont il a loué la foi sont deux personnes qui pensaient d’elles-mêmes qu’elles étaient indignes. Le centurion romain dit à Jésus : « Je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison. » Et la femme syro-phénicienne, que Jésus avait comparée à un petit chien, lui répondit en d’autres termes : « D’accord, je suis un petit chien, mais je vous demande néanmoins de me donner une miette tombée de votre table pour guérir mon enfant. » Et qu’a donc répondu Jésus ? « Femme, grande est ta foi. Je t’en prie, sers-toi. » Les deux personnes les plus humbles étaient les personnes dont la foi était la plus grande. L’orgueil et la foi sont totalement incompatibles. Il existe une forme de substitut de la foi qui est très arrogante et prétentieuse : ce n’est pas la foi dont il est question dans le Nouveau Testament. Dieu départit donc à chacun un degré de foi spécifique, mais cela va forcément de pair avec l’humilité.

Romains 12 : 4-5 : « De même que dans notre corps unique, nous avons plusieurs membres, et que tous ces membres n’ont pas la même fonction, ainsi, tout nombreux que nous sommes, nous ne formons qu’un seul corps dans le Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres. »

La grande vérité qui est exprimée à la suite ce passage est la suivante : la mesure de foi qui nous a été allouée est liée à la place que Dieu a prévue de nous faire occuper au sein du Corps. Voyez-vous, il me semble impossible de devenir un chrétien accompli tant qu’on n’a pas trouvé sa place à l’intérieur du Corps. On n’est pas un petit doigt qui flotte à l’air, mais un doigt qui est attaché à une main, qui est attachée à un bras, qui est attaché à un tronc. Il n’y a pas de place pour la personne qui veut marcher seule et pense ne pas avoir besoin des autres. Plus j’avance sur le chemin et plus je comprends à quel point j’ai besoin du Corps. Et lorsqu’il m’arrive encore d’être autosuffisant, Dieu permet que des incidents surviennent pour me rappeler à quel point j’ai besoin de mes frères chrétiens. Il est indispensable de faire partie intégrante du Corps pour pouvoir progresser.

Certaines personnes sont frustrées et se demandent pourquoi cela ne va pas bien dans leur marche avec Dieu. En réalité, elles n’ont pas encore trouvé leur place à l’intérieur du Corps. Elles ont la foi mais elles ne savent pas quoi en faire. Elles n’ont pas encore découvert que le type de foi qui les anime correspond au type de foi dont elles ont besoin pour fonctionner à l’intérieur du Corps. Prenons un exemple très simple : la personne qui est destinée à être une main doit avoir une foi manuelle. Mais si vous avez été destinée à être un pied, Dieu vous a octroyé une foi de type pédestre. Et si, avec votre foi de type pédestre, vous essayez de vous comporter comme une main, vous serez un véritable désastre, car la fonction de la main n’est pas de marcher ni de courir, comme c’est le cas pour le pied. La cause de nombreuses frustrations à l’intérieur du Corps vient de là : de nombreuses personnes ne sont pas à la bonne place. Elles se fatiguent à remplir des fonctions pour lesquelles Dieu ne leur a pas donnée la foi nécessaire.

Certes, Dieu éprouve notre foi. Mais si nous sommes constamment dans l’épreuve au niveau de la foi, il est fort probable que nous ne soyons tout simplement pas à la bonne place à l’intérieur du Corps. Car mon pied n’a pas besoin de produire de grands efforts pour être un pied. Mais si j’essaie d’utiliser mon pied pour remplir la fonction que doit remplir une autre partie de mon corps, cela me demande de faire des efforts considérables. Cela génère une tension. Or, la vie chrétienne ne doit pas comporter de grosses tensions. Il arrive que nous soyons soumis à une certaine pression, que notre force soit éprouvée, mais cela ne dure pas, car le cours normal de la vie chrétienne au sein d’un corps en bonne santé est fluide et harmonieux. Tout ceci ne signifie pas que notre foi ne peut pas aller en grandissant. Mais cette croissance de notre foi est en lien avec la place qui nous est réservée à l’intérieur du Corps.

Un des grands malheurs qui touche les sociétés occidentales est l’individualisme. Certes, nous sommes tous des individus, nous sommes tous uniques, nous sommes tous différents, mais tenter de vivre en rupture avec les autres ne peut que nous mener tout droit à la catastrophe. Les statistiques ont indiqué que le nombre de membres par ménage états-uniens s’élevait à 1,7. Cela fait une moyenne de moins de deux personnes par ménage ! Rappelons-nous que nous sommes appelés à ne pas nous conformer aux modèles de cet âge. Il nous faut donc apprendre à faire partie d’un Corps, apprendre à fonctionner avec d’autres personnes. Cela implique que nous laissions Dieu agir dans nos vies pour que soit renouvelé notre mode de pensée.

Romains 12 : 6-8 : « Suivant la grâce qui nous a été conférée, nous avons des charismes différents. Que celui qui a le charisme de prophétie l’exerce conformément au degré de foi qui est le sien. Que celui qui est appelé au ministère s’attache au ministère. Si c’est le charisme d’enseignement, qu’on enseigne. Si c’est le charisme d’exhorter, qu’on exhorte. Que celui qui distribue les aumônes le fasse avec simplicité. S’agit-il de présider, qu’on préside avec zèle. Faut-il exercer la miséricorde, qu’on le fasse avec affabilité. »

Le terme « charisme » est en lien avec la grâce : il s’agit d’un don gracieux, d’un don qu’on ne peut pas acquérir par ses propres efforts. Une fois que nous sommes intégrés au Corps, Dieu va nous équiper avec les dons qui sont utiles au sein de ce Corps. Cela n’a pas de sens de prier pour être pourvu d’un charisme tant qu’on n’a pas trouvé sa place à l’intérieur du Corps. Les charismes se manifestent d’ailleurs de façon spontanée dans l’exercice du ministère qui nous est conféré au sein du Corps. Je me rappelle avoir été invité à prier pour la délivrance d’une jeune personne que je ne connaissais pas. J’ai alors pu nommer tour à tour huit démons qui infestaient cette jeune femme. Comment avais-je eu connaissance de l’existence de ces démons ? Comment avais-je pu les nommer ? Dans le cadre de cette mission qui m’avait été confiée au sein du Corps, Dieu m’avait soudain donné des paroles de connaissance. J’ai reçu les outils dont j’avais besoin au moment où j’en avais besoin. Voyez-vous, Dieu nous donne ces charismes pour chaque situation particulière au sein de laquelle ils sont utiles. Cela n’a rien d’abstrait.

Ces charismes ne sont d’ailleurs pas des jouets mais des outils. Dieu nous fournit l’équipement dont nous avons besoin pour accomplir efficacement la tâche qui nous est confiée. Il ne s’agit donc pas d’une petite couche de chrome supplémentaire apposée sur la carrosserie d’une voiture ; cela fait partie du moteur et le véhicule ne peut pas fonctionner correctement sans leur intervention. Et ces outils ne sont pas comme des ornements : ils entrent dans la catégorie des choses pratiques. Notons que la liste des charismes évoqués dans le texte ci-dessus n’est pas exhaustive. Il est notamment possible de trouver une autre liste dans la première Lettre aux Corinthiens chapitre 12. J’ai pu dénombrer 22 charismes différents dont il est fait mention dans le Nouveau Testament.

Description de quelques charismes en particulier

L’un des charismes les plus intéressants est le célibat ! Est-ce là le charisme que vous avez demandé à Dieu avec force supplications ? Dans 1 Corinthiens 7, Paul affirme que chacun dispose d’un charisme et il confie que son charisme personnel est le célibat. Il ajoute qu’il pourrait prier pour que tous obtiennent ce charisme en particulier mais qu’il s’en abstiendra. Ne limitez donc pas votre conception des charismes à une ou deux choses en particulier, comme la capacité d’opérer des miracles, des guérisons ou des prophéties.

En ce qui concerne le don de prophétie qui est mentionné au verset 5 du chapitre 12 de la Lettre aux Romains, il est important de tenir compte de la recommandation qui est faite au verset 6, à savoir que la personne doit s’en tenir au degré de foi qui lui est imparti. Cette remarque est très importante. De nombreuses personnes douées de ce charisme ont été bluffées par les résultats obtenus dans les commencements et leurs esprits en ont été époustouflés au point de vouloir dépasser leur degré et elles se sont mises à dire des choses qui ne viennent pas de Dieu, ce qui, par là, provoque beaucoup de confusion. Je dois vous avouer que je suis personnellement très réservé lorsque quelqu’un énonce une prophétie à mon sujet, car il arrive parfois que certains soi-disant prophètes ne soient rien d’autre que des devins. Il faut être très vigilant dans ce domaine, car la frontière entre prophétie et divination est très étroite.

Souvenez-vous de la jeune femme de la ville de Philippe. Lorsque Paul, Silas et leurs compagnons sont arrivés là, cette femme est allée annoncer à tous que ces hommes étaient des serviteurs du Dieu Très-Haut. Ce qu’elle disait était tout à fait vrai. Tout porte à penser qu’elle en avait reçu la connaissance par des moyens surnaturels. Toutefois, il ne s’agissait pas d’une révélation venant du Saint Esprit. Finalement, Paul en a été tellement agacé qu’il a expulsé l’esprit de divination de cette femme. De nos jours, certains missionnaires auraient sans doute fait de cette femme un membre honoraire de l’église de la ville de Philippe. Il s’agit-là d’un problème sérieux auquel nous devons faire face aujourd’hui, car beaucoup de personnes se sont mises à édicter des prophéties et il devient difficile de faire la part entre ce qui provient de l’Esprit Saint et ce qui n’est qu’une contrefaçon. Ne dépassons donc pas le degré de foi qui nous a été octroyé.

Il ne faut pas se forcer. Lorsque les gens se forcent pour obtenir des résultats, ils créent de vrais problèmes. Cela vaut également pour le charisme de guérison. Les guérisons les plus spectaculaires dont j’ai été le témoin dans le cadre de mon ministère sont arrivées par hasard : cela n’avait pas été planifié. Je me souviens, par exemple, d’un collègue dans le ministère qui est venu nous demander, à Ruth et à moi-même, de prier pour son épouse qui devait être opérée d’un triple pontage cardiaque. Je n’avais aucune envie de prier pour ça : je venais de donner une conférence et je me sentais fatigué. Mais je me suis dit que je risquais d’offenser ce monsieur en ne le faisant pas. Avec Ruth, nous avons invoqué le nom de Dieu. Il y a quelques semaines, à l’occasion d’un voyage en Grande-Bretagne, nous avons rencontré l’épouse de ce monsieur, qui nous a annoncé qu’elle avait été totalement guérie.

Ce fut également le cas pour l’épouse d’un autre frère dans la foi, dont le corps n’assimilait plus les protéines. Soumis aux chercheurs d’une faculté de médecine, son cas avait été diagnostiqué comme étant incurable. Au terme d’un repas que nous avions pris en commun, alors que nous nous dirigions vers le parking, Ruth a soudain exprimé à cette femme qu’elle souhaitait prier pour elle. Cela s’est passé là, au milieu d’un parking, sans aucune préparation, sans aucun groupe de musiciens autour de nous  Quelques semaines plus tard, nous avons appris que cette personne avait été guérie miraculeusement. Ce sur quoi j’insiste par ces exemples est la recommandation suivante : ne forcez rien ! Laissez les choses se passer simplement. L’Esprit Saint est comparable à l’huile d’olive. L’huile d’olive n’a rien de rugueux : c’est une substance fluide et lisse.

Un autre charisme est le diaconat, ou, selon l’étymologie du mot, le service. Je me suis souvent dit qu’il pourrait être utile de désigner l’équipe des diacres d’une église en l’appelant plutôt « équipe des serviteurs ». Si votre appel est d’être serviteur, efforcez-vous de devenir des spécialistes dans l’art du service. Quand vous servez quelqu’un, vous ne faites pas les choses à votre manière : vous les faites selon les indications de la personne que vous servez, même si vous pensez que cette façon de faire n’est pas la meilleure. Cette capacité d’adaptation au mode de fonctionnement d’autrui est un art. Lorsqu’une personne est douée dans l’art de servir, elle peut aller jusqu’à intégrer le mode de penser de la personne qu’elle sert : c’est un don.

En ce qui concerne le charisme d’enseignement, je tiens à souligner que la Bible, dans la Lettre de Jacques chapitre 3, affirme qu’il ne devrait pas y avoir trop d’enseignants au sein du peuple de Dieu. Ne soyez pas enseignant si Dieu ne vous y appelle pas. Que la qualité de mon enseignement soit bonne ou pas, je sais que Dieu m’a clairement appelé à enseigner les Ecritures : je ne peux pas me retenir d’enseigner, c’est plus fort que moi. Attention, il ne faut pas confondre l’enseignement avec le charisme d’exhortation, ce n’est pas la même chose !

Donner, être un donateur, faire l’aumône, c’est un charisme. La Parole dit de l’exercer avec libéralité, mais nous pourrions tout aussi bien traduire le terme grec utilisé dans ce passage par « simplicité ». En d’autres termes, il s’agit de donner sans faire d’histoires. Il est bon de rendre grâces à Dieu pour le soutien financier dont nous bénéficions dans notre ministère mais il faut néanmoins veiller à ne pas nous laisser piéger par certaines personnes qui cherchent à nous manipuler au moyen de leurs dons.

L’exercice de la miséricorde est un charisme que je n’ai pas. Il m’est arrivé de rendre visite à plusieurs personnes malades mais toujours par obligation, alors que certaines personnes de mon entourage sont comme des canards dans l’eau dès qu’elles entrent dans un hôpital. Certaines personnes ne sont pas heureuses tant qu’elles n’ont pas pu apporter le témoignage de leur compassion. Si tel est votre charisme, cultivez-le. D’ailleurs, quel que soit votre charisme particulier, cultivez-le.

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6. La clé, c’est la charité

Alors que nous allons aborder la dernière section de ce chapitre 12 de la Lettre aux Romains, il me paraît important de souligner le terme « charité » qui figure au verset 9. Paul écrit : « Qu’il n’y ait point d’hypocrisie dans votre charité. » Et tout ce dont il va être question dans la suite du texte est à comprendre comme découlant de cette charité. Effectivement, la source principale de toute vie chrétienne est cette charité. Il ne s’agit pas d’exposer, ici, une série de règles à suivre, mais de donner des indications sur la manière de diriger la charité que Dieu a déposée dans nos cœurs.

Imaginez qu’il vous faille irriguer un grand jardin à l’aide d’un petit arrosoir. Vous allez et venez entre le robinet d’eau et les plantes du jardin, et vos allées et venues sous le soleil, en plus de vous faire transpirer beaucoup et de vous fatiguer rapidement, ne sont pas productives. Quelqu’un passe par là et vous dit : « Pourquoi ne pas utiliser un tuyau d’arrosage ? Il vous suffit de l’attacher au robinet, et tout ce qu’il vous reste à faire est de diriger le jet qui sort du tuyau. » Ce que Paul dit dans ce passage est comparable à cette image : Si vous avez accès à une source d’eau, que vous y attachez un tuyau d’arrosage, voici comment il convient d’orienter le jet d’eau. Mais s’il n’y a pas d’eau dans le tuyau, s’il n’y a pas de pression, il n’y a rien à orienter. Ne faites donc pas de tout ceci un règlement, une liste de règles à suivre. Ce ne sont que des suggestions utiles pour irriguer votre jardin lorsque vous disposez d’un tuyau d’arrosage. Et si vous n’en avez pas, la première chose à faire est d’en obtenir un et de le relier au robinet d’eau. Ne menez pas la vie chrétienne comme s’il s’agissait de respecter une série de lois religieuses.

Dans 1 Timothée 1 : 5, il est dit ceci : « Cette recommandation ne vise qu’à établir la charité, qui naît d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère. » Le but de l’instruction est la charité. Est-ce vrai pour nous, qui exerçons un ministère ? Est-ce le but que nos poursuivons ? Paul continue en affirmant ceci : « Plusieurs, pour s’en être écartés, se sont égarés en de vains bavardages ; ils prétendent être docteurs de la Loi, et ne comprennent ni ce qu’ils disent, ni ce qu’ils affirment. » Tout ce qui, dans l’église, n’a pas la charité pour objectif constitue une perte de temps et d’énergie. Combien de temps ne perd-on pas dans de nombreuses églises ?

Revenons-en à l’image de l’arrosoir. Je vais vous montrer différents parterres de fleurs, différentes sortes de fleurs qu’il est possible d’arroser. « Ayez le mal en horreur ; attachez-vous solidement au bien. » Il n’y a pas de zone neutre. Dans Psaumes 45 : 8, il est dit à propos du Messie : « Vous aimez la justice et vous détestez le mal, c’est pourquoi le Seigneur, votre Dieu, vous a donné l’onction avec une huile de joie. » Pourquoi Dieu bénit-il Jésus ? Parce qu’il aime la justice ET qu’il déteste le mal. Nous ne pouvons pas adopter une position neutre devant le mal. Dans Psaumes 97 : 10, il est écrit : « Le Seigneur aime ceux qui détestent le mal. » Il ne peut y avoir aucun compromis avec le mal pour ceux qui aiment le Seigneur en vérité.

Romains 12 : 10 : « Montrez les uns pour les autres une affection tendre et fraternelle. Prévenez-vous d’égards mutuels. » Cherchons à avoir de l’estime les uns pour les autres au lieu de nous comparer aux autres. Paul affirme dans un autre passage que ceux qui se comparent aux autres à partir d’eux-mêmes sont dépourvus de sagesse. Cela m’a permis de comprendre qu’il n’y a qu’un seul étalon de mesure : Jésus.

Romains 12 : 11 : « Ne vous relâchez pas dans votre zèle. Soyez fervents d’esprit. Servez le Seigneur avec passion et dévouement. » Je pourrais traduire cela autrement : Ne soyez pas paresseux sur le plan spirituel mais diligents. Scrutez la Bible et essayez d’y trouver une seule parole positive au sujet de la paresse spirituelle. L’ivresse est un péché, mais la paresse spirituelle est un péché beaucoup plus grave, que la Bible dénonce avec plus de sévérité. Il est étrange que nous tolérions plus facilement les personnes paresseuses spirituellement que les alcooliques au sein de nos assemblées. Certaines personnes sont trop paresseuses spirituellement que pour se lever au moment de louer Dieu, que pour ouvrir et lire leur Bible, que pour participer aux réunions de prière de l’église. La fin du verset nous invite à servir le Seigneur avec passion et dévouement. Jésus nous aime passionnément, et il désire que nous l’aimions passionnément. Et vous, aimez-vous le Seigneur passionnément ?

Romains 12 : 12-13: « Soyez joyeux dans l’espérance. Soyez patients dans la tribulation. Soyez persévérants dans la prière. Pourvoyez aux nécessités des fidèles. Mettez de l’empressement dans la pratique de l’hospitalité. » L’hospitalité est un ministère. Et rappelez-vous que Jésus nous a dit de ne pas inviter les riches à notre table, mais les pauvres, les personnes qui ne peuvent pas nous payer en retour. Et, à cette recommandation, il a ajouté cette promesse merveilleuse : « Vous serez payés en retour après la résurrection. » Si vous obtenez votre récompense dans le temps présent, il n’y aura plus rien à recevoir à ce moment-là. Mais si vous renoncez à toute forme de rétribution dans le temps présent, vous recevrez une récompense lors de l’avènement de l’âge à venir.

Romains 12 : 14 : « Bénissez ceux qui vous persécutent ; bénissez, ne maudissez pas. » Bénir, c’est invoquer le bien et non le mal dans la vie d’une personne. Est-il facile de bénir ceux qui nous persécutent ? Non. Apprendre à invoquer la bénédiction sur eux requiert beaucoup de discipline. Mais je peux témoigner que, si difficile que cela soit à mettre en pratique au début, l’application de cette recommandation permet de progresser considérablement sur la voie de la charité. N’oublions pas que ces paroles s’adressent à ceux qui ont offert leur corps en sacrifice vivant sur l’autel de Dieu en Sion.

Romains 12 : 15 : « Avec ceux qui sont dans la joie, soyez joyeux ; pleurez avec ceux qui pleurent. » Le problème soulevé ici est l’altruisme, opposé à l’égocentrisme. Il n’est pas possible de se réjouir avec ceux qui se réjouissent ou de pleurer avec ceux qui sont affligés quand on est centré sur soi-même.

Romains 12 : 16 : « Entre vous, vivez en bonne entente. N’ayez pas le goût des grandeurs ; laissez-vous attirer par ce qui est modeste. Ne soyez point sages à vos propres yeux. » Il s’agit de vivre dans l’harmonie, de nous comporter les uns envers les autres avec humilité et non pas avec arrogance. Il faut éviter à tout prix de laisser le péché d’orgueil dominer sur nous-mêmes et sur notre communauté. Proverbes 11 : 2 ne dit-il pas : « Quand vient l’orgueil, vient également l’ignominie. » La cause première des querelles et des divisions est le péché d’orgueil.

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7. Comment vaincre le mal

Romains 12 : 17-19 : « Ne rendez à personne le mal pour le mal. Appliquez-vous à faire le bien devant tous les hommes. S’il est possible, pour autant que cela dépende de vous, vivez en paix avec tous. Mes bien-aimés, ne vous vengez pas vous-mêmes : laissez agir le courroux de Dieu, car il est écrit (Ndlr : c’est au chapitre 32, 35 du Livre du Deutéronome) : La vengeance m’appartient ! C’est moi qui ferai justice, dit le Seigneur.» Laissez à Dieu le soin de faire le ménage. Si vous ne faites rien pour vous venger, Dieu lui-même va s’en charger. Ne lui avons-nous pas offert notre corps en sacrifice sur son autel ? Dès lors, tous nos problèmes sont désormais les siens et quiconque oserait s’attaquer à nous s’en prendrait à ce qui appartient à Dieu, autant dire à Dieu lui-même !

Romains 12 : 20-21 : « Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger. S’il a soif, donne-lui à boire. En agissant ainsi, tu amoncelleras des charbons ardents sur sa tête (Ndlr : Proverbes 25 : 21-22). Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais triomphe du mal par le bien. » Ce qui nous est demandé, c’est de répondre à l’agresseur dans l’esprit opposé au sien. Tel est, notamment, l’enseignement de François d’Assise : répondre à la haine par l’amour, répondre à la violence par la douceur, répondre au doute par la foi, répondre au désespoir par l’espérance, répondre au mensonge par la vérité, etcétéra. Le bien est la seule chose qui soit assez puissante pour vaincre le mal. De deux choses l’une : soit nous sommes vaincus par le mal, soit nous en sommes les vainqueurs. Et vous savez autant que moi que le Ciel est destiné aux seuls vainqueurs.

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Lettre aux Romains, chapitre 13

1. Obéir et prier pour les autorités séculières

Le chapitre 13 de la Lettre aux Romains aborde la question de notre rapport aux autorités gouvernementales séculières. Ce sujet demeure délicat car les opinions sont divergentes au sein du peuple de Dieu quant à la façon d’interpréter cet exposé de l’apôtre Paul. Je vais donc m’efforcer de m’en tenir au texte et de le commenter à partir de l’Ecriture comprise dans son ensemble. Avant de nous lancer dans la lecture de ce chapitre 13 de la Lettre aux Romains, je vous invite à prendre connaissance d’un texte qui comporte des analogies avec celui-ci. Dans 1 Pierre 2 : 13-17, il est dit ceci : « Pour l’amour du Seigneur, soyez soumis à toute autorité humaine, que ce soit au roi, en sa qualité de souverain, ou que ce soit aux gouverneurs, en tant que délégués par lui pour servir contre les malfaiteurs, et favoriser les honnêtes gens. Car c’est la volonté de Dieu qu’en pratiquant le bien, vous réduisiez au silence l’ignorance des insensés. Comportez-vous comme des hommes libres, sans faire évidemment de la liberté un voile destiné à cacher la malice, mais en agissant comme des serviteurs de Dieu. Soyez polis envers tout le monde, aimez les frères, craignez Dieu, respectez le roi. »

Ce que nous venons de lire ici a été rédigé par l’apôtre Pierre et nous allons trouver des paroles substantiellement identiques dans la lettre de Paul aux Romains. Il est intéressant de retrouver des recommandations analogues de la part et de Pierre et de Paul quand on sait que l’un comme l’autre ont été exécutés par les autorités en place dans l’empire romain. Nous devons donc garder à l’esprit que tout ce qu’ils enseignaient, ils étaient tenus de le pratiquer eux-mêmes, tout comme je dois garder à l’esprit que tout ce que je professe, je suis tenu de le vivre moi-même.

Romains 13 : 1 : « Que tout homme soit soumis aux autorités placées au-dessus de nous. Il n’y a pas d’autorité qui ne vienne pas de Dieu : celles qui existent ont été instituées par lui. » Cette affirmation est d’autant plus surprenante que nous savons qu’elles ont été rédigées à l’époque de l’empire romain, dont les autorités ont ordonné la crucifixion de Jésus. Pourtant, Paul affirme ici qu’il n’y a pas d’autorité en dehors de Dieu et que les autorités mises en place dans le monde – et ce qui était vrai à cette époque l’est encore aujourd’hui – ont été établies par Dieu. Dans Matthieu 28 : 18 – cela se passe au lendemain de la résurrection – nous lisons : « Mais Jésus vint à eux et leur parla en ces termes : « Toute autorité m’est dévolue, au ciel et sur la terre. » Et dans Colossiens 2 : 10, il est dit : « Et vous, vous avez tout pleinement en lui, qui est le chef de toute Principauté et de toute Puissance. » Cela signifie donc que toute autorité qui existe dans l’univers a été déléguée par Dieu à son Fils, Jésus le Christ. Pierre et Paul ont donc écrit ce que nous avons entendu précédemment à la lumière de cette vérité, à savoir que toute autorité, sans exception, est désormais dans les mains de Jésus.

Romains 13 : 2 : « Ainsi, celui qui résiste à l’autorité, résiste à l’ordre voulu par Dieu ; et les récalcitrants s’attireront sur eux-mêmes une condamnation. » Notre premier réflexe sera évidemment d’interpréter ces lignes en y apportant des nuances et en affirmant que cela ne se rapporte qu’aux autorités qui sont justes, notamment au sein de l’église. Pourtant, ce n’est pas ce que Paul a écrit. Ce dernier se réfère aux autorités gouvernementales. Et il insiste sur ce point en ajoutant que ceux qui résistent à cette forme d’autorité sont condamnables. Rares sont les personnes nées dans un état soi-disant « libre » pour qui ce passage pose réellement problème. Mais pour les personnes qui vivent sous un régime dictatorial, le problème est crucial. Et qui sait si les personnes qui vivent dans un état encore « libre » n’auront pas à faire face à ces questions à l’avenir ? Nous ne disposons d’aucune garantie.

Romains 13 : 3 : « En effet, ce n’est pas pour les bonnes actions mais pour les mauvaises, que les magistrats sont à redouter. Veux-tu n’avoir pas à craindre l’autorité ? Fais le bien, et tu en auras des éloges. » Donc, pour autant que notre conscience demeure pure et que nous fassions ce qui est juste, Paul affirme qu’il n’y a aucune raison d’avoir peur. Romains 13 : 4-a : « C’est là un ministre de Dieu pour ton bien. » Le terme utilisé au début de cette phrase est « cela ». Cela ne porte pas sur le magistrat, sur une personne en fonction, mais sur la fonction elle-même, dont le magistrat n’est que le représentant : cela porte, en réalité, sur l’institution. Paul affirme donc que cette institution est un outil mis en place par Dieu pour notre bien. Romains 13 : 4-b-5 : « Mais si tu fais le mal, crains. Ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée : c’est un ministre de Dieu pour faire justice, et exerce la vengeance contre celui qui fait le mal. Il est donc nécessaire de se soumettre, non seulement par crainte du châtiment, mais aussi par motif de conscience. » Il nous faut donc être soumis à l’autorité mise en place, non par crainte d’être châtiés si nous ne nous soumettons pas, mais par motif de conscience. Car, comme l’affirment tant Pierre que Paul, derrière l’institution, dont le magistrat n’est que l’instrument, se trouve Dieu lui-même. De manière ultime, notre relation vis-à-vis de cette institution décrit la qualité de notre relation à Dieu.

Cela me conduit à insister sur ce point que nous lisons dans un autre passage de l’Ecriture, à savoir qu’il nous faut prier absolument pour les personnes qui exercent une fonction d’autorité. La première Lettre à Timothée a pour objectif de donner des instructions sur la manière de gouverner l’église locale. La première chose que Paul recommande de faire n’est pas de prêcher l’évangile mais de prier pour les autorités locales. 1 Timothée 2 : 1-2 : « Ce que je recommande avant tout, c’est de prier Dieu par des supplications, des prières de demandes et d’intercession, des actions de grâce pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui détiennent l’autorité, afin que nous puissions mener une vie paisible et tranquille en toute piété et honnêteté. » Cela vient bousculer les habitudes de prière du chrétien moyen, qui se résument souvent à ceci : « Dieu, bénis-moi ainsi que mon épouse, mon fils Kevin et son épouse, je ne t’en demande pas plus, amen. » Visiblement, Paul envisage beaucoup plus que juste ça. Dieu n’a-t-il pas dit que sa Maison serait appelée « Maison de prière pour tous les peuples » ? Telle est l’église. Or, dans ce texte, pour quel groupe de personnes nous est-il suggéré de prier en premier ? Pour les évangélistes ? Pour les missionnaires ? Pour les malades ? Non, pour les rois et pour toutes les personnes qui détiennent l’autorité. Posons-nous cette question : les décisions du gouvernement en place dans le pays où je vis ont-t-elles une incidence sur mon mode de vie au quotidien, oui ou non ? Cela nous concerne donc directement. Et si nous ne prions pas pour notre gouvernement, nous n’avons que ce que nous méritons.

N’avez-vous pas remarqué que la plupart des citoyens chrétiens d’un pays sont plus enclins à critiquer leur gouvernement que de prier pour lui ? Jésus ne nous a jamais incités à critiquer les autorités en place. Mais la Bible nous recommande vivement de prier pour elles. Et franchement dit, les personnes en autorité sont plus fidèles à Dieu lorsqu’elles se donnent de la peine pour mener à bien leur mission que les chrétiens qui les critiquent au lieu de prier pour elles. Car la critique ne fait pas partie de nos prérogatives : notre devoir est de prier.

Paul nous donne ensuite la raison fondamentale pour laquelle il nous faut prier pour les autorités. Ce n’est pas pour obtenir une augmentation de notre pouvoir d’achat ou pour pouvoir disposer de plus de latitude en vue de la création d’entreprises. La raison est d’ordre spirituel : 1 Timothée 2 : 3-4 : « Cela est bon et agréable aux yeux de Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés, et parviennent à la connaissance de la vérité. » Pourquoi Dieu attend-il que nous priions pour les autorités ? Parce qu’un bon gouvernement permet l’installation de conditions favorables à la prédication de l’évangile. N’est-ce pas là un signe évident de la confiance que Dieu a voulu faire à son église que de lui confier la responsabilité de prier pour les autorités ? Nous devons être conscients que si nous ne prions pas pour les autorités, nous nous exposons au risque de ne plus disposer des conditions optimales pour la propagation de l’évangile.

Tel est donc notre premier devoir envers les autorités : c’est de prier régulièrement pour elles, avec assiduité. Etant donné que Paul s’adresse à Timothée au sujet de la manière de diriger une église locale, cette recommandation concerne l’assemblée tout entière. Il semble donc évident que la prière pour les autorités doive se faire en commun, sur un mode public.

Revenons-en à la Lettre aux Romains. Romains 13 : 4 : « C’est là un ministre de Dieu pour ton bien. Mais si tu fais le mal, crains. Ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée : c’est un ministre de Dieu pour faire justice, et exerce la vengeance contre celui qui fait le mal.» Le terme « ministre » qui est utilisé ici serait plus facile à comprendre si nous le traduisions plutôt par « serviteur » : c’est ce que le mot « ministre » veut dire. Romains 13 : 5 : « Il est donc nécessaire de se soumettre, non seulement par crainte du châtiment, mais aussi par motif de conscience. » Paul continue en décrivant ce que les autorités font pour nous. Romains 13 : 6 : « C’est pour la même raison que vous payez les impôts, car les magistrats sont les serviteurs de Dieu dès lors qu’ils exercent ponctuellement cette fonction. A chacun, rendez ce qui lui est dû : l’impôt à qui vous devez l’impôt, les taxes à qui vous devez les taxes, la crainte à qui vous devez la crainte, l’honneur à qui vous devez l’honneur. »

Qu’en est-il de tout ceci lorsqu’un usurpateur, un méchant, un pervers ou un persécuteur occupe une position d’autorité ? C’est à ce stade que la roue se frotte au bitume. Prenons exemple sur Jésus. Dans l’évangile selon Jean 18 : 36 est rapporté un dialogue entre Jésus et Pilate, qui lui demande s’il est le roi des Juifs : « Jésus répondit : Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, mes gens se seraient battus pour qu’on ne me livre pas aux Juifs, mais voilà, ma royauté ne vient pas d’ici. » Nous voyons, dans ce passage, que le Royaume de Dieu n’est pas de ce monde et qu’il n’est pas possible qu’il fut établi par le truchement d’armes charnelles ; rien ne sert d’en venir aux mains et de se battre pour y arriver. En tant que chrétiens, nous sommes les citoyens de deux royaumes différents : nous sommes citoyens du Royaume des Cieux et nous sommes citoyens du pays où nous vivons dans le temps présent. En tant que citoyens d’un pays de la terre, il se pourrait qu’on nous confie la responsabilité de nous battre avec des armes. Mais nous n’allons pas établir le Royaume de Dieu en nous battant de cette manière.

Il est écrit dans le Livre ancien testamentaire de Zacharie 4 : 6 : « Ni par puissance, ni par la violence, mais bien par mon Esprit – Oracle du Seigneur. » Et le terme hébreu qui, dans ce texte, correspond à « puissance » comporte la même racine que le mot qu’on utilise en langue hébraïque moderne pour désigner un soldat. Ce n’est donc pas par la force militaire, ce n’est pas par la force des armes mais par le seul moyen capable de faire advenir le Royaume de Dieu, c’est-à-dire l’Esprit Saint. Dans Jean 19 : 10-11, Jésus se trouve à nouveau devant Pilate et ce dernier lui adresse la parole en ces termes : « Ne savez-vous pas que j’ai autorité aussi bien pour vous libérer que pour vous crucifier ? Jésus répondit : Vous n’auriez sur moi aucune autorité si celle-ci ne vous avait été donnée d’En-Haut. » Pilate avait-il autorité sur Jésus ? Oui. Mais ce que Jésus affirme clairement, c’est que derrière l’autorité de Pilate, qui est sur le point de prendre une décision injuste, il reconnaît l’autorité suprême de Dieu.

Et Jésus fait ensuite une remarque tout aussi intéressante : « Celui qui m’a livré à vous porte une faute beaucoup plus grave. » Judas a livré Jésus au Sanhédrin. Ce n’est donc pas de lui qu’il est question ici, mais de Caïphe, le Grand-Prêtre, qui a usurpé l’autorité qui lui revenait et qui a livré Jésus à Pilate. En livrant Jésus à Pilate, en faisant basculer un problème religieux dans le domaine public, Caïphe a fait quelque chose que son autorité ne lui permettait pas de faire : il a profané et livré entre les mains des païens le Nom de Dieu, dont il était le médiateur suprême au sein du judaïsme.

Comme nous pouvons le voir ici, Jésus avait donc un respect absolu pour les autorités séculaires, quand bien même les personnes en charge de l’autorité feraient un mauvais usage de celle-ci et que cela aboutirait à sa condamnation à mort.

Nous revenons à Romains 13 : 5 : « Donc, il est nécessaire de se soumettre, non seulement par crainte du châtiment, mais aussi par motif de conscience. » A présent, que dois-je faire lorsque la personne en autorité me demande d’accomplir une tâche qui va à l’encontre de ce que me dictent et ma conscience et mes convictions intimes en tant que chrétien ? La réponse est simple : je refuse de le faire. Mais je reste soumis, ce qui implique que la personne en autorité peut me châtier. Nous trouvons un exemple dans le Livre Actes 5 : 27-29 : « Ils les amenèrent donc et les introduisirent devant le Sanhedrin où le Grand-Prêtre les interrogea : Nous vous avions, dit-il, formellement interdit d’enseigner en ce nom ; et voici que vous remplissez tout Jérusalem de votre doctrine ! Vous prétendez faire retomber sur nous le sang de cet homme ! Pierre et les apôtres répondirent : Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. » Lorsque nous sommes devant un problème de conscience comme celui auquel les apôtres sont confrontés dans ce récit, il est préférable d’obéir à Dieu qu’aux autorités. Mais il convient d’être certains que ce que nous faisons, c’est obéir à Dieu. Dans l’Evangile selon Marc 16 : 15 : « Puis il leur dit : Allez par le monde entier prêcher l’Evangile à toute la création. » Il s’agit d’une recommandation que Jésus exprime aux apôtres de manière explicite et que le Grand-Prêtre demande de ne pas exécuter. Il leur faut choisir entre renier Jésus ou s’exposer au châtiment de l’autorité du Grand-Prêtre Caïphe. Ils ne font pas la révolution, ils ne se rebellent pas avec des armes charnelles, mais ils professent simplement leur foi en Jésus le Christ devant un juge inique.

En Romains 16 : 20, Paul affirme : « Le Dieu de paix écrasera bientôt Satan sous vos pieds. » Il est possible d’interpréter cela de différentes manières. Nous pouvons voir, dans l’assujettissement de l’empire romain au christianisme, au début du troisième siècle de notre ère, une forme d’accomplissement de cette promesse. Au départ, le christianisme n’est rien d’autre qu’un petit mouvement marginal au sein du judaïsme, animé par un groupe de personnes qui se mettent à suivre un homme du peuple que les romains ont exécuté ; rien ne permet de penser ni de prévoir que la vérité pour laquelle ses disciples sont prêts à sacrifier leurs vies va réussir à se répandre et à s’imposer au travers du temps et de l’espace. Cependant, trois siècles plus tard, l’empereur de Rome est à genoux devant Jésus.

Notons que cela n’est en rien le résultat de manifestations violentes, de marches de protestation ou de piquets de grève contre l’autorité en place mais de la prière, du témoignage et de la prédication. Bien au contraire, fidèles à l’enseignement de Jésus, leur Maître, les apôtres se sont soumis à l’autorité en place et ont laissé à Dieu toute la place pour agir lui-même et faire ce qu’il leur était impossible d’accomplir par leurs propres moyens. Dans la première Lettre de Pierre, l’apôtre nous invite à nous armer pour le jour où nous aurions à choisir entre obéir à une forme d’autorité arbitraire ou obéir à Dieu. Il nous faut être prêts à toute éventualité et ne pas risquer d’être démunis le jour où il nous serait demandé de souffrir pour le nom de Jésus le Christ. Cela nous engage à nous conditionner mentalement, dans le temps présent, pour ce combat qu’il nous sera peut-être demandé de mener dans le temps à venir.

Dans Apocalypse 12 : 11, il est dit : « J’entendis alors une forte voix céleste dire : Maintenant sont arrivés le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu, ainsi que l’autorité de son Messie, puisqu’on a jeté bas l’accusateur, qui, jour et nuit, accusait nos frères devant Dieu. Mais ils l’ont vaincu en vertu du Sang de l’Agneau et de leur éloquent témoignage : ils ont méprisé la vie jusqu’à accepter la mort. » Cela signifie que, pour ces frères, il est plus important de faire la volonté de Dieu que de préserver la vie de leur corps. Et je reste convaincu qu’il est impossible de rendre ce témoignage de la foi sans aucune préparation, « sans offrir vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, en guise de culte spirituel », tel que nous y avons été invités au début du chapitre 12 de la Lettre aux Romains.

Lorsqu’un soldat signe un engagement et rejoint une unité des forces armées de son pays, il ne reçoit pas, en retour, un document pour garantir qu’il ne sera jamais tué durant le service. Une personne qui dit vouloir devenir un soldat du Christ doit savoir qu’il ne s’agit pas d’un jeu et qu’elle doit s’attendre à cette éventualité : son certificat de baptême ne lui offre aucune garantie de survie pour son corps en cette vie. A ce stade, il est utile de remarquer que l’armée ennemie n’a rien à craindre d’un soldat qui ne prend aucun risque et cherche à préserver absolument l’intégrité de son corps physique. Ce soldat peut crier autant qu’il peut, faire toutes les prières qu’il veut, l’ennemi se moque de lui, tandis qu’il redoute celui qui est prêt à tout pour remporter la palme de la victoire.

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2. Le commandement nouveau

Mais n’oublions pas que tout cela n’est rendu possible que par l’amour qui nous anime. L’amour est notre point de départ. Paul y revient dans Romains 13 : 8 : « Ne soyez en dette envers personne, si ce n’est d’amour mutuel. Celui qui aime son prochain accomplit toute la Loi. »

Nous lisons dans Romains 8 : 3 : « Ce qui était impossible à la Loi, vu que la chair la rendait impuissante, Dieu l’a fait : en envoyant, à cause du péché, son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché, il a condamné le péché dans la chair, afin que la justice prescrite par la Loi fut accomplie en nous, qui vivons non selon la chair, mais selon l’Esprit. » Si nous sommes donc affranchis des toutes les ordonnances charnelles de la Loi mosaïque, c’est pour permettre à la justice prescrite par la Loi d’être accomplie en nous, non par la chair mais par l’Esprit. Et quelle est cette justice prescrite par la Loi ? L’amour.

Dans la Lettre aux Galates 5 : 14, il est dit : « Car toute la Loi se résume en un seul précepte : tu aimeras ton prochain comme toi-même. (Ndlr : Lévitique 9 :18) »

Et dans la Lettre aux Romains 13 : 9-10, Paul précise : « En effet, les préceptes – Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne tueras pas, tu ne déroberas pas, tu ne convoiteras pas et tous les autres qu’il peut encore y avoir – se résument tous dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. La charité ne fait point de mal au prochain, la charité est donc l’accomplissement plénier de la Loi. » Il n’y a donc pas de doute à avoir quant aux rapports que nous devons entretenir avec la Loi de Moïse : nous avons été affranchis de toutes les prescriptions mais nous sommes tenus d’accomplir toute justice à travers ce précepte unique de l’amour.

Dans l’évangile selon Jean 13 : 34 : « Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous vous reconnaîtront pour mes disciples. » Moïse a donc donné dix commandements, le judaïsme comporte 613 commandements et Jésus ne donne qu’un seul commandement, dans lequel sont inclus tous les autres.

1 Timothée 1 : 5 dit : « Cette recommandation ne vise qu’à établir la charité, qui naît d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère. Plusieurs, pour s’en être écartés, se sont égarés en vains bavardages ; ils prétendent être des docteurs de la Loi et ne comprennent ni ce qu’ils disent ni ce qu’ils affirment. » Il faut donc retenir de ceci que tout enseignement dont le fruit ultime n’est pas l’amour est du vain bavardage. En ce qui me concerne personnellement, je m’interroge régulièrement quant au bien fondé des enseignements que je dispense, pour éviter de m’égarer dans toutes sortes de considération de second ordre. Sans vouloir me montrer trop critique vis-à-vis de l’église, je ne peux cependant que déplorer le fait que trop peu de communautés placent l’amour au centre de leurs préoccupations. L’amour est ce robinet qui permet à l’eau de couler au travers du tuyau d’arrosage. Sans cela, nous disposons d’un jardin et d’un tuyau d’arrosage, mais il n’y a pas d’eau. Il est même possible de se promener dans le jardin le tuyau d’arrosage à la main en donnant l’impression d’être actif, mais cela ne permet pas de faire pousser quoi que ce soit.

Dans la Lettre de Jacques 1 : 25, il est dit ceci : « Mais celui qui scrute avec attention la loi parfaite de la liberté et s’y tient, celui qui n’est pas un auditeur oublieux mais un exécuteur ponctuel du précepte, celui-là trouve le bonheur dans sa condition. » Dans ce passage, l’apôtre Jacques ne définit pas la loi parfaite de la liberté. Mais en Jacques 2 : 8, il affirme ceci : « Sans doute, si vous observez la loi royale de l’Ecriture : Tu aimeras ton prochain comme toi-même, vous faites bien. » Telle est donc bien la loi parfaite de la liberté : aimer son prochain comme soi-même. Et vous savez que quiconque nous détourne de cette voie royale est notre ennemi. Oui, le diable a peur des chrétiens qui s’aiment les uns les autres ! N’est-ce pas à ce signe particulier que le monde entier peut attester que nous sommes les disciples de Jésus le Christ ?

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3. La seconde venue du Messie

Romains 13 : 11-14 : « Cela importe d’autant plus que vous savez en quels temps nous vivons : l’heure est enfin venue de sortir de votre torpeur. Le salut est plus proche de nous qu’au temps où nous avons embrassé la foi. La nuit s’avance, le jour approche : dépouillons-nous donc des œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière. Comportons-nous honnêtement, comme ne plein jour : point d’orgies, point d’ivrogneries, point de luxure ni de débauches, point de querelles, point de jalousies. Au contraire, revêtez-vous du Seigneur Jésus le Christ, et ne mettez pas vos préoccupations dans la chair pour en satisfaire ses convoitises. »

Ce passage aborde la question du retour du Messie. Paul affirme que « Le salut est plus proche de nous qu’au temps où nous avons embrassé la foi. » Voilà quelque chose qui me paraît difficile à comprendre à partir du point de vue qui est le nôtre puisque, dans le siècle présent, nous sommes assujettis au temps. Le temps est l’une des questions les plus souvent abordées par les philosophes. Personne n’a jamais pu percer le mystère du temps, pas même Albert Einstein. Mais mon opinion est qu’un chrétien authentique qui vient à mourir passe aussitôt dans l’éternité, c'est-à-dire dans une dimension qui n’est plus sujette aux lois du temps tel que nous le connaissons dans le siècle présent.

A mon avis, il faut sans doute comprendre l’éternité comme n’étant pas un laps de temps qui s’étendrait à l’infini. Il n’y a plus de montres ni d’horloges dans cette dimension-là. Le chrétien décédé passe donc dans une dimension différente de la nôtre tandis que, dans notre monde soumis au temps, son corps se décompose de jour en jour. De l’instant où il ferme les yeux au moment où il les ouvre à nouveau, qui peut dire combien de temps s’est écoulé pour ce chrétien si le temps n’existe pas dans la dimension dans laquelle il repose désormais ? Pour nous qui l’observons dans le plan de réalité dans lequel nous évoluons pour le moment, dans le siècle présent, cela peut représenter des dizaines voire des centaines d’années. Mais pour le chrétien qui passe de vie à trépas, dès l’instant où ses yeux se ferment et que son existence n’est plus régie par les lois du temps, cela ne dure qu’une fraction de secondes. Et lorsque ses yeux de ressuscité s’ouvrent à nouveau, quelle est la première chose que ce chrétien peut voir aussitôt ? La seconde venue du Messie, le retour de Jésus en gloire. Dès lors, pour nous, ce retour de Jésus est imminent, puisque, si cela n’a pas lieu au cours des années de notre vie présente, cela se passe aussitôt après l’instant de la mort.

Quelle perspective extraordinaire ! Nous allons bientôt contempler Jésus dans sa gloire et participer, avec lui, à l’avènement de son règne ! Cela ne vous remplit-il pas de joie ? Personnellement, cela me comble de bonheur, d’autant plus que face à ces innombrables problèmes auxquels nous sommes confrontés dans notre monde actuel, l’avènement du règne de Jésus est la seule et unique solution viable et salutaire ! Nous avons beau travailler du mieux que nous pouvons à la construction d’un monde meilleur, nous voyons bien que, dans le siècle présent, le mal a le plus souvent tendance à dominer sur le bien. J’en suis venu à la conclusion que, pour régler tous les problèmes de l’humanité, la seule solution est l’avènement de Jésus, le Christ, sur la terre.

N’est-ce pas ce que Jésus nous propose de demander à chaque fois que nous nous adressons à Dieu dans la prière : Que ton Règne arrive, que ta volonté soit faite… où ça ? Sur la terre ! Beaucoup de chrétiens pensent qu’ils doivent alimenter leur espérance d’aller au Ciel. Croire que nous pourrons, un jour, aller au Ciel, est un don et un privilège immense mais ce n’est pas le but vers lequel Paul nous propose de viser. Philippiens 3 : 7-11 dit ceci : « Mes ces choses qui, pour moi, étaient des avantages, je les ai considérées comme un préjudice, à cause du Messie. Bien certainement, je ne vois dans toutes ces choses qu’un dommage en regard de ce bien suprême : la connaissance de Jésus, le Christ, mon Seigneur. Pour lui, j’ai renoncé à tout et considère tout comme une ordure, afin de gagner le Messie et d’être trouvé en lui. Non pas avec ma justice, celle qui vient de la Loi, mais avec la justice qui vient de Dieu par la foi. Et, de cette manière, je connaîtrai le Messie, lui et la puissance qui émane de sa résurrection ; je connaîtrai la participation à ses souffrances, en me conformant à lui dans la mort, avec l’espoir de parvenir, si possible, (au Ciel ? Est-ce cela que Paul va nous dire ? Non, mais) à la résurrection des morts. » Comme nous pouvons le lire à la fin de cet extrait, le but à atteindre n’est donc pas le Ciel, mais la résurrection des morts.

Quand nous allons au Ciel, nos esprits sont-ils là-haut devant le trône de Dieu, tandis que nos corps demeurent sur terre, complètement désagrégés ou en état de décomposition ? Est-ce la vision que vous avez du salut ? Jésus ne nous a-t-il pas rachetés tout entier : esprit, âme ET corps ? Paul ne dit-il pas dans 1 Thessaloniciens 5 : 23-24 : « Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même totalement. Que tout votre être, l’esprit, l’âme, le corps, soit conservé sans reproche pour l’avènement de notre Seigneur Jésus, le Christ. Celui qui vous appelle est fidèle, c’est lui qui réalisera cela. » Vous pouvez objecter, en affirmant que Paul était naïf, que Pierre était naïf. Mais non, ils ont écrit ces choses sous l’inspiration de l’Esprit Saint. Ils ne font rien d’autre que de rapporter fidèlement ce que l’Esprit Saint leur a révélé, même si ce qu’ils nous en disent est difficile à comprendre par l’entendement humain…

Romains 13 : 11-14 : « Cela importe d’autant plus que vous savez en quels temps nous vivons : l’heure est enfin venue de sortir de votre torpeur. Le salut est plus proche de nous qu’au temps où nous avons embrassé la foi. La nuit s’avance, le jour approche : dépouillons-nous donc des œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière. Comportons-nous honnêtement, comme ne plein jour : point d’orgies, point d’ivrogneries, point de luxure ni de débauches, point de querelles, point de jalousies. Au contraire, revêtez-vous du Seigneur Jésus, le Christ, et ne mettez pas vos préoccupations dans la chair pour en satisfaire ses convoitises. » Voici donc le portrait-type des personnes qui vivent dans l’attente du retour du Seigneur ; ce qui motive la sainteté de leur conduite est le fait qu’elles vont bientôt rencontrer Jésus et qu’elles veulent être prêtes à comparaître devant lui.

Tite 2 : 11 : « Car la grâce divine, par laquelle la faveur du salut nous est accordée, a été offerte à tous les hommes. Cela nous enseigne à renoncer à l’impiété et aux convoitises mondaines, pour vivre, dans le présent siècle, avec retenue, justice et piété, dans l’attente de notre bienheureuse espérance et de la manifestation glorieuse de notre Seigneur et Sauveur, Jésus, le Christ. » La réforme du comportement, telle qu’elle est décrite dans ce passage, semble donc trouver sa motivation dans la manifestation prochaine du Messie. J’ai d’ailleurs observé que les chrétiens qui semblaient porter le plus de fruits sur la voie d’une forme de conversion parfaitement en accord avec les enseignements du Nouveau Testament étaient, le plus souvent, issus d’assemblées qui vivaient dans l’anticipation du retour du Seigneur. Cette espérance est motivante et mobilisatrice. Elle est même indispensable si nous voulons entretenir la flamme de la passion pour Celui qui nous aime passionnément.

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Lettre aux Romains, chapitre 14

1. Règles alimentaires

Dieu se préoccupe davantage de l’harmonie au sein du corps que constitue l’église que de la stricte observance de règles de vie. Romains 14 : 1-3 : « Celui qui est faible dans la foi, accueillez-le avec bonté, sans discuter ses idées. L’un croit pouvoir manger de tout, tandis que l’autre, qui est faible, ne mange que des légumes. Que celui qui mange de tout ne méprise pas celui qui s’abstient. Que celui qui s’abstient ne juge pas celui qui mange de tout, car Dieu lui fait le même accueil. » Le mot-clé de ce passage est sans doute « accueillez », qu’on pourrait également traduire par « acceptez » ou « recevez ». Autrement dit, acceptez-vous les uns les autres tels que vous êtes. La critique et le jugement ne participent pas à la construction du Corps. Et ce qui peut susciter des différends entre les membres du corps porte, ici, sur des questions de nourriture et, un peu plus loin, sur des questions de célébrations religieuses, en lien avec les jours de l’année, du mois ou de la semaine.

Le fait de manger exclusivement des légumes ne concerne pas le végétalisme ou le végétarisme, mais le respect des lois du kasheroute, puisque, comme nous le savons, les Juifs sont tenus de respecter toutes sortes de règles contraignantes sur le plan alimentaire. Cela dépasse de loin la seule interdiction de s’abstenir de consommer de la viande de porc. Ces règles, qui figurent dans la Loi mosaïque, se sont développées et complexifiées au fil du temps et font de la vie de la ménagère juive un vrai casse-tête. Pour un Juif pieux qui est contraint de vivre au milieu des païens, le seul moyen de respecter ces ordonnances alimentaires est de ne manger que des légumes crus. Le problème soulevé dans ce passage ne concerne pas tant les païens convertis à Jésus que les Juifs messianiques ou les chrétiens d’origine païenne qui sont appelés à côtoyer des frères issus du judaïsme, que ce soit en Terre Sainte ou ailleurs dans le monde.

Le véritable enjeu de ces règles alimentaires porte principalement sur l’identité du Peuple juif. Ces ordonnances ont permis au Peuple de la Torah de se distinguer des autres nations au long des siècles. Pour preuve, elles sont encore appliquées aujourd’hui, même par les Juifs qui ne respectent que de très loin les autres lois édictées par Moïse. Laisser tomber purement et simplement les lois du kasheroute signifie donc, avant toute autre chose, tourner le dos à son identité culturelle.

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2. Harmonie du Corps

La mise en garde de Paul montre à quel point le fait de vouloir trancher sur des questions d’ordre secondaire peut endommager la bonne entente et l’harmonie au sein du Corps du Christ. Ce qui importe avant tout, c’est d’apprendre à nous respecter mutuellement dans nos différences, surtout lorsque ces dernières portent sur des questions secondaires qui n’engagent que les convictions intimes de chacun. Cela vaut également pour d’autres ordonnances comme, par exemple, le port de la barbe pour les hommes, ou le port du couvre-chef pour les femmes. Nous touchons à des questions d’identité ou à la manière avec laquelle nous pensons devoir affirmer cette identité. Au fond, cela ne porte que sur des moyens destinés à nous encourager sur la voie de la sanctification, utiles aux uns, qui sont plus faibles, inutiles pour les autres, qui sont plus forts. En tout cela, le plus important est de ne pas confondre le fondamental avec l’accessoire et de respecter le niveau d’avancement de chacun sur la voie de la liberté que nous avons en Jésus Christ.

Comme l’exprime la suite du texte, il n’y a pas de péché quand il s’agit de manger ou de s’abstenir de manger telle ou telle chose en particulier, d’observer ou non le shabbat, alors que juger ou critiquer nos frères et sœurs dans la foi constitue un péché. Romains 4 : 4 nous dit : « Qui es-tu, toi, pour te poser en juge du serviteur d’autrui ? Qu’il demeure ferme ou qu’il tombe, cela regarde son maître. Mais il demeurera ferme, car le Seigneur a le pouvoir de le soutenir. » Le texte place donc ces questions d’ordre secondaire au niveau de la relation personnelle que le Maître entretient avec chacun d’entre nous : il sait, lui, que ce qui est utile pour l’avancement des uns sera totalement inutile, voire encombrant pour les autres. Ce qui importe, c’est de ne pas tomber dans le péché et de ne pas rechercher le salut dans de telles pratiques. Autrement dit, tant que nous comprenons tous clairement d’où nous vient le salut, peu importe que certains restent encore attachés à ces pratiques pour des raisons qui leurs sont personnelles tandis que d’autres s’en affranchissent.

Romains 14 : 5-6 : « Tel fait distinction entre les jours, tel autre les estime tous semblables. Que chacun agisse suivant sa conviction. Celui qui fait distinction entre les jours agit ainsi pour le Seigneur. Celui qui mange de tout, c’est pour le Seigneur qu’il le fait, car il rend grâces à Dieu. Et celui qui ne mange pas de tout, c’est pour le Seigneur qu’il le fait, et il rend aussi grâces à Dieu. » Dans ce domaine, il revient donc à chacun d’obéir à Dieu en conformité avec ce que lui dicte sa conscience, sans se préoccuper de ce que fait ou non son voisin.

Il a détruit l’acte rédigé contre nous et dont les dispositions nous condamnaient ; il l’a réduit à néant en le clouant à la croix. Il a dépouillé les Principautés et les Puissances ; il les a livrées en spectacle de dérision en triomphant d’elles par la croix. » Jésus, en mourant sur la croix, a dépouillé Satan de toute arme qui aurait pu se retourner contre nous, à commencer par la condamnation. Ce passage atteste, en outre, que la Loi (l’acte rédigé contre nous et dont les dispositions nous condamnaient) n’a plus aucun pouvoir sur nous qui croyons en la valeur expiatoire du sacrifice de Jésus sur la croix et qui sommes morts, avec lui, à la vie dans la chair pour renaître, avec lui, à la vie dans l’esprit. Une fois morts à la vie dans la chair, nous ne sommes plus assujettis à cette Loi qui s’adresse à la chair ; Satan ne peut donc plus nous accuser de répondre ou non aux exigences de cette Loi. La Loi Nouvelle, ce Commandement Nouveau dont Jésus nous a parlé, est une Loi pour la vie dans l’esprit.

Et Paul poursuit dans Colossiens 2 : 16 par cette recommandation importante : « Ainsi donc, que personne ne vous critique à propos de nourriture, de boisson, à propos d’une fête, d’une nouvelle lune ou d’un shabbat.» Paul ne recommande pas de ne pas observer le kasheroute, mais il demande de ne permettre à personne de nous juger si, oui ou non, nous observons ces règles relatives à l’alimentation ou aux fêtes, car nous avons été déchargés de l’obligation d’observer la Loi. L’avertissement porte donc bel et bien contre le fait de juger autrui et le fait de se laisser juger par autrui. C’est une affaire de tolérance et de respect des convictions personnelles de chacun.

Romains 14 : 7-8 : « Aucun de nous ne vit pour lui-même, aucun de nous ne meurt pour lui-même. Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur. Car si le Christ est mort et a repris vie, c’est afin d’être le Seigneur des morts comme des vivants. » Paul insiste ici sur le fait que quoi que nous fassions, où que nous nous trouvions, nous ne vivons ni pour nous-mêmes ni pour les autres, mais pour lui seul. Romains 14 : 9-12 : « Alors toi, pourquoi juger ton frère ? Et toi, pourquoi mépriser ton frère ? Nous avons tous à comparaître devant le tribunal de Dieu. Il est écrit en effet : Aussi vrai que je suis vivant, dit le Seigneur, tout genou fléchira devant moi, et toute langue donnera gloire à Dieu (Ndlr : Esaïe 45 : 23). Ainsi donc, chacun de nous rendra compte à Dieu pour soi-même. » Ceci constitue un sérieux avertissement au sujet du jugement que nous pouvons porter sur nos frères et sœurs dans la foi. Il n’y a qu’un seul juge, et c’est Jésus, le Christ. Ceci étant dit, il me faut apporter la nuance suivante à cette affirmation. Toute personne qui occupe un poste de responsable, que ce soit un père de famille ou un pasteur, a l’autorité pour juger et gouverner, le premier les membres de son foyer, le second les membres de son assemblée. Mais si ne sommes pas responsables des frères et des sœurs qui nous entourent, nous n’avons pas, non plus, à les juger. Imaginez-vous être en train d’assister à un procès et faire partie du public autorisé à se tenir dans la salle d’audience. Le juge n’est pas encore là et son siège demeure vacant. Oseriez-vous aller vous asseoir à sa place en attendant qu’il arrive et prononcer une sentence à sa place ?

Dans 2 Corinthiens 5 : 9-10 : « C’est aussi pour cela que, vivants ou morts, nous avons à cœur de lui plaire. Car nous aurons à comparaître, tous, tant que nous sommes, devant le tribunal du Christ ; là, chacun recevra ce qu’il a mérité, pour le bien ou le mal qu’il aura fait pendant qu’il était dans son corps. » Remarquons qu’il n’y a pas de demi-mesure et que tout est soit bien soit mal : tout ce qui est fait en accord avec la volonté de Dieu est bien, et tout ce qui ne tient pas compte ou qui va franchement à l’encontre de cette volonté est mal. Mais, rappelons-le, sous le règne de la Loi Nouvelle que Jésus est venue instaurer, la mesure de toute chose est la charité et rien que la charité; nous serons jugés sur l’attitude de cœur et sur notre capacité à aimer.

Romains 14 : 13 : « Donc cessons de nous juger mutuellement : prenez plutôt la résolution de ne rien faire qui soit pour votre frère une pierre d’achoppement ou une occasion de chute. » Nous sommes à nouveau en présence du petit mot « Donc », que nous pouvons traduire par l’expression « Pour cette raison ». Pour quelle raison ? Parce que nous allons comparaître au tribunal du Christ. Et pourquoi prendre la résolution de ne pas juger mutuellement ? Parce que la critique et le commérage peuvent devenir une assuétude pour certaines personnes. Et comme toutes les addictions, elle est destructrice. Cela peut nous affecter sérieusement nous-mêmes comme cela peut faire du tort aux personnes que nous critiquons. Par-dessus tout, cela démembre le corps du Christ. Rappelons-nous ce passage de la Lettre aux Corinthiens 13 : 4, où il est dit que : « La charité est patiente, la charité est bonne, la charité n’est pas envieuse, elle n’est pas infatuée ni hautaine. » La charité demeure, une fois encore, le maitre mot de cette section, particulièrement envers les personnes les plus faibles.

Romains 14 : 14 : « Je sais, j’ai cette conviction dans le Seigneur qu’aucune chose n’est impure en soi-même, qu’elle ne l’est que pour celui qui la croit telle. » Aucune chose n’est impure en soi-même, qu’est-ce à dire ? Jésus, dans l’Evangile selon Marc 7 : 15-23, affirme : « Il n’existe, hors de l’homme, rien qui soit à même de le souiller s’il l’absorbe. Ce qui sort de lui, voilà ce qui peut souiller l’homme. » Juifs pratiquants, habitués aux règles du kasheroute, les disciples ne pouvaient pas comprendre cet enseignement. Aussi « Quand il fut rentré à la maison, à l’écart de la foule, ses disciples lui demandèrent le sens de cette parabole. Il leur dit : Ainsi, vous aussi, vous êtes dépourvus d’intelligence spirituelle ? N’y songez-vous pas ? Tout ce qui, du dehors, entre dans l’homme ne peut le souiller, parce que cela ne pénètre pas dans son cœur, mais dans le ventre, puis s’en va aux lieux d’aisance ? – Ainsi déclarait-il purs tous les aliments. Mais, ajouta-t-il, ce qui sort de l’homme, voilà ce qui peut souiller l’homme. Car c’est du dedans, du cœur des hommes, que procèdent les pensées mauvaises : dévergondages, vols, meurtres, adultères, cupidités, perversités, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil, folie, tous ces vices sortent du dedans et souillent l’homme. » Ce que Jésus affirme dans ce passage est d’une importance capitale, car cela illustre très concrètement ce Commandement Nouveau de la charité qu’il est venu instituer. Les règles du kasheroute ont été mises en place par Dieu pour éprouver le cœur de l’homme, pour tester sa capacité à l’aimer, à lui faire confiance et à lui obéir. Mais ce sur quoi elles portent, c’est la chair. Or, le péché contre la charité ne réside pas dans la chair mais dans le cœur de l’homme. Dans cette logique de l’amour, un aliment n’est donc ni bon ni mauvais en soi : tout est à resituer au niveau du cœur de l’homme.

Dans 1 Timothée 4 : 3-4, Paul expose certaines erreurs qui peuvent s’immiscer dans l’Eglise. Il relève le cas d’hommes qui interdisent les mariages et qui enseignent de s’abstenir de certaines nourritures : « Ils proscrivent le mariage et l’usage d’aliments que Dieu a créés pour qu’ils soient pris avec reconnaissance par les fidèles et ceux qui connaissent la vérité. En effet, tout ce que Dieu a créé est bon et rien n’est à rejeter, pourvu qu’on le prenne avec reconnaissance ; cela se trouve sanctifié par la Parole de Dieu et la prière. » Notons que Paul ne parle pas, ici, des Juifs qui ne croient pas que Jésus est le Messie et qui ne sont pas nés de nouveau, mais de personnes qui ont la foi et qui connaissent la vérité. Remarquons également que – cela concerne notamment les personnes qui voyagent dans certaines parties du monde où ce qui est servi à table est de nature inconnue – le fait de sanctifier les aliments par la Parole de Dieu et la prière n’est pas juste une formalité d’usage.

Romains 14 : 15 : « Or, si pour une question d’aliment, tu affliges ton frère, tu ne te conduis plus dans la charité. Pour ton aliment, ne cause pas la perte de celui pour qui le Christ est mort. » Effectivement, la délicatesse est de mise dans les rapports que nous entretenons les uns avec les autres. Lorsque nous invitons un jeune converti du judaïsme à notre table, il est préférable de lui offrir autre chose que du lard. Nous n’avons pas à lui prouver quoi que ce soit, mais à l’aimer en respectant le degré de foi qui est la sienne en rapport avec les questions alimentaires. Jésus a sauvé et gagné cet homme au prix fort de sa vie : ne prenons pas le risque de le perdre au bas prix d’une tranche de lard.

Romains 14 : 16-17 : « Que l’avantage que vous avez ne devienne pas sujet de calomnie. Car le Royaume de Dieu, ce n’est pas la manger, ni le boire, mais c’est la justice, la paix et la joie dans l’Esprit Saint. » Le chrétien est appelé à témoigner de l’amour de Dieu et à participer à l’avènement de son Règne sur la terre : ce n’est pas prétendant détenir la vérité ni en instituant des règles absolues au sujet de la nourriture que cela va se faire. Le premier souci du chrétien doit porter sur la justice, la paix et la joie dans l’Esprit Saint. Or, la justice de Dieu ne s’exprime pas au moyen de toutes ces questions relatives à la pureté ou non des aliments : ce n’est pas en mangeant kasher que nous serons sauvés et ce n’est pas en ne mangeant pas kasher que nous apporterons la preuve que nous sommes libérés de l’esclavage de la Loi.

La question n’est pas tant ce que nous faisons mais de quelle manière et dans quel esprit nous le faisons. C’est ce n’est pas par la chair mais par l’Esprit Saint, par la vie de l’esprit, par la charité, par l’amour que nous avons les uns pour les autres que le Royaume de Dieu peut advenir. Au jour du Jugement, Dieu ne nous félicitera pas parce que nous aurons eu raison en toute circonstance mais parce que nous aurons beaucoup aimé notre semblable. « Celui qui sert le Christ de cette manière est agréable à Dieu et jouit de l’estime des hommes. Ainsi donc, appliquons-nous à ce qui contribue à la paix et à l’édification mutuelle. » (Romains 14 : 18-19)

La fin du chapitre 14 de la Lettre aux Romains apporte une synthèse et une conclusion à ces questions au sujet de la nourriture. Romains 14 : 20-21 : « Pour une question d’aliment, ne détruis pas l’œuvre de Dieu. En fait, tout est pur ; mais ce qui est mal, pour un homme, c’est que le fait de manger quelque chose provoque un scandale. Et il est bon de ne pas manger de viande, de ne pas boire de vin, de s’abstenir de faire quoi que ce soit qui pourrait être, pour ton frère, une occasion de chute. » Même si les questions soulevées par Paul portent avant tout sur des questions de respect ou non de lois religieuses, nous pouvons tout de même noter, au passage, qu’il peut être sage de s’abstenir de consommer du vin en présence de personnes dont l’histoire est marquée par la boisson et de ne pas laisser traîner un plateau de petits fours devant une personne qui souffre d’obésité.

Romains 14 : 22-23 : « Tu as une conviction : garde-la pour toi-même devant Dieu. Heureux celui qui ne se condamne pas lui-même dans l’acte auquel il se décide. Mais celui qui mange malgré ses doutes, se condamne, parce qu’il n’agit pas d’après une conviction. Tout ce qui ne procède pas d’une conviction est péché. » En d’autres termes, Paul rappelle que, pour nous qui sommes chrétiens, ce qui tient lieu de ligne de conduite ne se trouve pas consigné sur des tables de pierre, dans le livre de la Loi, mais sur des tables de chair, à l’intérieur de notre cœur. Citoyens du Royaume de Dieu, nous sommes conviés à vivre désormais selon l’Esprit Saint. Seul l’Esprit Saint peut nous convaincre de nous abstenir de manger certains aliments. Si notre conviction est réelle, demeurons-lui fidèle. Mais si l’Esprit Saint n’a imprimé en nous aucune conviction, ne nous plaçons pas sous le joug de la Loi en nous imposant des pratiques religieuses inutiles.

A chacun incombe la responsabilité d’obéir fidèlement à ce que l’Esprit Saint lui commande personnellement. Mais cette responsabilité est individuelle : nous n’avons pas à convaincre notre voisin sur des questions aussi particulières que les questions de nourriture, d’autant moins que nous ne savons pas ce que Dieu lui demande. A Dieu seul revient le droit de juger chacun selon ses œuvres. Pour nous, la seule chose qui importe est notre participation à l’avènement du Royaume de Dieu, en plaçant la charité fraternelle à la première place. La charité est au-dessus de l’abolition ou non des lois du kasheroute : aimer concrètement mon prochain, c’est respecter ses convictions personnelles, c’est le soutenir et l’encourager sur le chemin de sanctification qui est le sien.

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Lettre aux Romains, chapitre 15

1. Supporter les plus faibles

Romains 15 : 1: « Nous qui sommes les forts, nous devons supporter les faiblesses de ceux qui ne le sont pas, et ne pas agir à notre mode.» Le début de ce chapitre se rapporte directement à ce que nous avons lu précédemment en rapport avec la règlementation en matière de kasheroute. Dans ce contexte particulier, la force spirituelle ne se mesure pas à ce que nous sommes capables d’accomplir, mais à ce que nous sommes capables de supporter. Ici, la force consiste en la capacité de soutenir autrui.

Le membre d’une église apostolique m’a fait part de ses observations au sujet du fonctionnement de sa communauté. Il a compris que la manière la plus appropriée d’être un apôtre, de supporter et de soutenir les autres, était de le faire dans un mouvement ascendant, de bas en haut, en se plaçant en-dessous d’eux, et non dans un mouvement descendant, voire condescendant, de haut en bas, en se plaçant au-dessus d’eux. L’image est celle du serveur, qui pose la main sous le plateau. Ainsi, les apôtres, que l’on considère comme étant les piliers de fondation de tout l’édifice, se trouvent en-dessous des autres parties de la construction qu’ils supportent.

La force spirituelle ne consiste donc pas dans la faculté de maintenir tout le monde sous son autorité en donnant des ordres du haut d’une chaire de vérité, mais dans la capacité d’encourager, de soutenir et d’édifier tous ceux qui sont plus faibles en leur donnant l’exemple de l’humilité. Notre modèle en toutes choses demeure Jésus, sur qui pleuvaient les quolibets des ennemis de Dieu pour la seule et simple raison qu’il était l’ami de Dieu, et qui a pris sur lui les reproches que Dieu destinait à ces mêmes personnes qui se moquaient de lui. C’est à cela que nous invite Romains 15 : 2-3 : « Que chacun de nous fasse ce qui plaît au prochain, en vue du bien et de l’édification. Le christ ne s’est pas complu en lui-même, mais bien, ainsi qu’il est écrit : Les outrages de ceux qui t’insultent sont tombés sur moi (Ndlr : Psaumes 69 :10). »

Paul poursuit sa Lettre aux Romains par une remarque de la plus haute importance : Romains 15 : 4 : « Or, tout ce qui a été jadis écrit, l’a été pour notre instruction, afin que, par la patience et par la consolation qu’apportent les Ecritures, nous possédions l’espérance. » Nous pourrions traduire le terme « patience » par « persévérance ». Ces termes renvoient, l’un comme l’autre, à la nécessité de pratiquer l’endurance. L’image de l’athlète, que Paul utilise par ailleurs, serait tout à fait adaptée à ce contexte. Car une chose est de croire, autre chose est de tenir bon et de continuer à croire à travers les obstacles et les épreuves. Certaines personnes affirment que la foi suffit à notre salut. Je ne suis pas d’accord : nous avons également besoin de la patience ou, autrement dit, la persévérance. A propos d’Abraham, il est écrit dans Hébreux 6 : 15 : « Et Abraham, par sa patience dans l’attente, obtint la réalisation de la promesse. » Abraham a vu la réalisation de la promesse que dieu avait faite de lui donner une postérité parce qu’il a été persévérant dans la foi.

Romains 15 : 5-7 : « Que le Dieu de la persévérance et de la consolation vous donne de nourrir les uns envers les autres des sentiments semblables à ceux de Jésus le Christ, afin que, d’un même cœur et d’une même voix, vous donniez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus le Christ. Soyez donc accueillants les uns pour les autres, comme le Christ nous a accueillis pour la gloire de Dieu. » Quel est le but visé par Paul ? L’harmonie du Corps, sans laquelle notre hymne de gloire à Dieu ne serait rien d’autre qu’une cacophonie dissonante. Ainsi, en appliquant les conseils dispensés dans le passage qui précède, en mettant de côté les divergences d’opinion des uns et des autres, nous pourrons garder les yeux fixés dans la même direction et glorifier Dieu le Père.

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2. Le Peuple de Dieu et les nations

Romains 15 : 8-12 : « Je prétends, en effet, que le Christ a exercé son service auprès des circoncis pour manifester la véracité (de la parole) divine par l’accomplissement des promesses faites aux Patriarches. Les païens, eux, glorifient Dieu seulement en raison de la miséricorde, selon qu’il est écrit : c’est pourquoi je te louerai parmi les nations et je chanterai à la gloire de ton Nom. (Psaumes 18 : 50 et 2 Samuel 22 : 50) Il est dit encore : Nations, réjouissez-vous avec son peuple. (Deutéronome 32 : 43) Et encore : Nations, louez toutes le Seigneur, et que tous les peuples le célèbrent ! (Psaumes 117 : 1) Esaïe dit aussi : De la racine de Jessé sortira un rejeton qui gouvernera les nations ; en lui les nations mettront leur espérance. (Esaïe 11 : 10 et Esaïe 42 : 4) »

Remarque préliminaire

Cette partie du texte ne reprend pas les arguments et commentaires de Derek Prince. Pour ce dernier, Dieu aurait, sur terre, deux Peuples à son service : Israël et l’Eglise. Je ne suis pas en accord avec cette conception. L’Ecriture vient au secours de mon opinion lorsqu’elle évoque l’image des Noces de l’Agneau : il n’y est question que d’une seule épouse. De même, n’y a-t-il qu’un seul arbre et un seul tronc, Israël, sur lequel vient se greffer la branche constituée par les justes parmi les nations.

Qui peut entrer dans l’Alliance avec Dieu ?

Par ce passage, Paul réaffirme que le salut est désormais accessible aux païens comme aux Juifs. Pour le prouver, il met en lumière deux aspects du témoignage donné par Jésus ; l’un, dit-il, est destiné au Peuple d’Israël, l’autre aux nations. En s’appuyant sur plusieurs passages de l’Ecriture, il affirme que, pour les premiers, Jésus se manifeste comme étant l’accomplissement des promesses faites aux Patriarches ; il est le Messie que tous attendaient depuis de nombreux siècles. Pour les seconds, Jésus est celui qui apporte un salut inespéré : il est comme un invité surprise par qui leur est révélé le visage de miséricorde de Dieu à leur égard. Mais dans un cas comme dans l’autre, tout figurait déjà sur la partition orchestrée par Dieu depuis le tout début.

Dans l’Ecriture, le mot « Peuple » est, le plus souvent, la transposition du terme hébreu « Ham », qui désigne l’ensemble le Peuple de l’Alliance et, par extension, l’ensemble de toutes les personnes qui entretiennent une relation avec Dieu. Le mot « nations », quant à lui, est la traduction du mot hébreu « goyim » : cela ne désigne pas la population d’un pays portant bannière mais l’ensemble des « gentils », des « païens », c’est-à-dire toutes les personnes qui vivent en-dehors de l’Alliance et qui, par conséquent, n’entretiennent aucune relation avec Dieu. Dès qu’une personne issue des nations entre dans la Nouvelle Alliance en Jésus, elle peut désormais entretenir une relation personnelle avec Dieu : elle ne fait donc plus partie des nations dont elle est issue, des goyim, mais du Peuple de Dieu, de l’Ham.

Si nous tracions une ligne du temps sur une feuille de papier et que nous dressions la croix de Jésus en son milieu, nous pourrions dessiner une flèche qui va de l’extrémité gauche de cette ligne jusqu’à la croix : ce serait Israël. Nous pourrions ensuite dessiner une flèche qui part de l’extrémité droite de cette ligne jusqu’à la croix : ce seraient les nations. Chaque indicateur pointe vers la croix, mais dans des directions diamétralement opposées. Les premiers viennent du passé : ce sont les ancêtres du Christ. Les derniers arrivent de l’avenir : c’est sa postérité. Et voici une nouvelle équation : à partir de la croix, toute personne qui ne reconnaît pas Jésus comme Sauveur, qu’elle soit issue du Peuple Juif ou des nations, est assimilable aux nations, tandis que toute personne qui reconnaît Jésus comme son Sauveur, qu’elle soit issue des nations ou du Peuple Juif, est désormais assimilable au Peuple de l’Alliance.

Dans l’évangile selon Jean, la mère de Jésus et le disciple qu’il aimait se tiennent tous deux au pied de la croix. Ce sont les deux personnes les plus proches de Jésus : la première selon la chair, le second selon l’esprit. La mère de Jésus peut figurer cet Israël qui reconnaît en Jésus son Sauveur et, à travers elle, c’est toute la généalogie de Jésus qui est présente au pied de la croix. L’apôtre Jean, quant à lui, peut représenter toute la postérité de Jésus selon l’esprit : n’est-il pas celui qui reposa la tête sur son cœur ? Et que fait Jésus avant de mourir ? « Jésus, voyant sa mère, et auprès d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : Femme, voilà votre fils. Ensuite, au disciple : Voilà votre mère. A partir de ce moment le disciple la prit chez lui. » (Jean 19 : 26-27) Si sa mère représente ses ascendants et Jean ses descendants, Jésus les rassemble au pied de la croix, en un seul Peuple, et institue le type de relations qu’il convient d’instaurer désormais entre ces deux parties réunies désormais sous un seul et même toit.

Romains 15 : 13 : « Que le Dieu de l’espérance vous remplisse de toute joie et de toute paix dans la foi, afin que, par la vertu de l’Esprit Saint, vous abondiez en espérance. »

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